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MONTRÉAL – Ismaël Koné était en verve. Dans un climat d’exaltation comme on n’en avait pas senti depuis longtemps au Stade Saputo, son équipe venait de livrer une bataille serrée à une Irlande verte, mais combattive. La prochaine fois qu’on allait la revoir, ça allait être à la Coupe du monde.
« Peut-être qu’il fallait une victoire pour partir avec un feeling positif, mais je pense que nous, en tant qu’équipe, on a fait ce qu’on voulait faire aujourd’hui, c’est-à-dire jouer sur nos principes. Après longtemps qu’on n’était pas ensemble, pour moi, l’objectif a été atteint. On a joué avec intensité, on a joué avec personnalité, on a joué en étant des grands hommes. »
Au micro quelques minutes plus tard, Jesse Marsch a voulu envoyer un message tout aussi positif. « Je ne suis pas ici pour répondre à des questions négatives, a-t-il prévenu au début de son point de presse. Si vous posez des questions négatives, je vais directement à la prochaine. »
Marsch blaguait, bien sûr. Durant sa rencontre d’une douzaine de minutes avec les journalistes, il a lui-même abordé, bien qu’avec des gants blancs double épaisseur, des aspects qui lui avaient moins plu de la prestation de ses joueurs.
C’était le travail du sélectionneur de faire en sorte que ses gars quittent Montréal le menton relevé, le torse bombé, confiants que leur préparation suit son cours tel que souhaité et que seuls des ajustements mineurs les séparent de leur version optimale.
Le fait demeure qu’il y a des questions inconfortables qui sont probablement plus valides que Marsch ne veut l’admettre autour de cette équipe nationale.
Celle des blessés demeure bien d’actualité. Abordons-là de front avant de passer à autre chose.
Le nom de Moïse Bombito était sur la feuille de match contre l’Irlande, mais il s’est à peine échauffé et n’a jamais été une option pour contribuer pendant la rencontre. Marsch avait dit la veille que le défenseur québécois avait eu « une petite réaction » après le match précédent contre l’Ouzbékistan et qu’on voulait être patient dans son cas.
Son remplaçant, le jeune Luc De Fougerolles, a été impeccable pendant 90 minutes. C’est une excellente nouvelle. Mais la disponibilité de Bombito demeure probablement la clé majeure des succès du Canada en Coupe du monde, surtout dans le contexte où son partenaire habituel, Derek Cornelius, n’offre lui-même rien de rassurant dans son propre retour au jeu.
Plus les jours passent et plus Bombito apparaît loin de son profit dans sa quête d’une réhabilitation alignée avec le début du gros tournoi.
Quatre autres joueurs ont regardé le match de vendredi en pantalon mou et chandail à capuchon. Marsch était heureux d’annoncer qu’Ali Ahmed serait de retour à l’entraînement la semaine prochaine. C’est bien, mais on notera surtout l’absence de mise à jour au sujet d’Alphonso Davies.
Le manque de profondeur au poste de latéral pourrait aussi faire mal sur la droite, où Niko Sigur est la meilleure alternative à un Alistair Johnston incapable, pour l’instant, de garder la pédale au plancher sur une période prolongée.
La définition de la folie
Si le Canada était un alpiniste et que le début de la phase de groupes du Mondial était le sommet de l’Everest, sa tente devrait présentement être installée au Camp 4. Sa dernière bombonne d’oxygène serait prête et d’un sommeil léger, il n’attendrait que l’ouverture de la bonne fenêtre météo pour entreprendre le dernier segment de son ascension.
L’équipe de Jesse Marsch progresse plutôt comme si son acclimatation au froid et à l’altitude rencontrait des écueils. Elle marche tantôt à coup de larges foulées, tantôt d’un pas incertain et tantôt à reculons.
Capable d’un « wow » comme d’un « bof », elle donne parfois l’impression d’avoir plafonné, ou du moins d’être incapable de bâtir sur ses bons flashes. Des bons scores contre l’Ukraine et la Côte d’Ivoire suivis par une Gold Cup ratée. De grandes démonstrations de sérieux contre la Roumanie et le Pays de Galles, mais un gros pétard mouillé contre l’Australie. Des performances professionnelles contre des grosses pointures d’Amérique du Sud, mais des offrandes tièdes contre l’Islande et la Tunisie.
Ses problèmes de finition dans le tiers offensifs sont problématiques. Marsch ne les nie pas, mais peine à trouver des solutions.
Son acharnement à renouveler sa confiance envers l’attaquant Cyle Larin est incompréhensible. Elle rappelle la loyauté qui liait son prédécesseur John Herdman au vénérable Atiba Hutchinson. Larin n’a pas marqué depuis presque deux ans avec la feuille d’érable sur la poitrine. Contre l’Irlande, il a manqué de chance en étant victime d’un bel arrêt du gardien Mark Travers tard dans le match, mais il a autrement été peu visible. Il a aussi (surtout?) commis une faute évitable qui a donné un penalty à l’adversaire.
La réticence de Marsch à donner plus de responsabilités à Tani Oluwaseyi doit cesser. La prise de rythme de Promise David devrait aussi l’aider à prendre la décision d’asseoir son vétéran en léthargie.
Le tacticien doit aussi trouver un moyen de faire débloquer Jonathan David. L’Ottavien est un magicien avec un ballon aux pieds. Vendredi, il a été le meilleur joueur des deux équipes avec quatre occasions crées et cinq touches de balle dans la surface adverse. Mais ses efforts, autant pour trouver le fond du but que pour mettre ses coéquipiers en valeur, ont rarement été visibles sur la feuille de match dans la dernière année.
Un commentaire du sélectionneur irlandais Heimir Hallgrímsson a mis en lumière un effet pervers des difficultés du Canada à faire payer un adversaire qui se replie en attendant une occasion de contre-attaque. Hallgrímsson a remarqué que dans chacun de ses derniers matchs, le Canada a permis à une ou plusieurs reprises à un joueur rival de s’avancer seul devant son gardien.
« Si vous êtes patients et que vous limitez leur espace, vous obtiendrez vos chances et il ne vous restera qu’à les concrétiser. Le Canada aurait probablement dû nous battre ce soir, mais on aurait aussi pu voler le match en deuxième demie. »
Marsch a répondu à cette observation en affirmant qu’il s’attendait à cette approche de l’Irlande et qu’il revenait à ses joueurs de limiter les risques d’une contre-attaque létale.
« C’est ce qu’on continuera de leur demander tactiquement. Quand on sera en contrôle du match, il faudra capitaliser sur nos occasions, mais aussi être assez propres défensivement pour empêcher l’adversaire de nous surprendre avec une relance rapide. C’est ce que sera notre stratégie à la Coupe du monde. »
C’est un plan qui a donné des résultats mitigés au cours des derniers mois. Marsch et ses adjoints n’ont plus qu’une semaine pour le peaufiner. À la Coupe du monde, les « presque » et les « et si... » seront beaucoup plus difficiles à accepter.





