TORONTO – Le 6 février, le LAFC a annoncé avoir fait l’acquisition de l’international canadien Stephen Eustaquio. Onze jours plus tard, le transfuge de Porto était inséré dans le onze partant pour le début du parcours en Coupe des champions de la CONCACAF (CCC) contre le RCD España. Et conséquemment, Mathieu Choinière a commencé la saison sur le banc.
Choinière, qui avait été impliqué dans dix rencontres, dont sept comme titulaire, après son arrivée à Los Angeles l’été précédent, aurait pu rouspéter, bouder, laisser son égo enfler. Ça ne lui aurait pas ressemblé, mais il aurait pu.
Voici plutôt comment il a décidé de répondre. Trois semaines plus tard, Eustaquio s’est blessé dans un match contre le FC Dallas. Choinière s’est donc immiscé dans la formation partante contre Alajuelense en CCC, puis a donné ses premières foulées en MLS contre St. Louis City FC. Dans ce match, il a enfoncé les seuls buts du duel dans une victoire de 2-0.
On appelle ça prendre sa place.
« C’est le message que j’essaie de passer à chaque jour : regarde, je suis là, j’ai envie de performer, j’ai envie d’être bon, j’ai envie de tout casser, de tout déchirer, voulait faire comprendre Choinière lorsqu’on l’a rencontré il y a quelques semaines lors du rassemblement de l’équipe nationale masculine à Toronto. C’est le message que j’essaie de passer chaque jour en m’entraînant à fond, en jouant à fond. Comme je t’ai dit, j’ai envie d’apporter mon grain de sel. Ce match-là, j’ai apporté ce grain de sel là. »
Choinière vient d’avoir 27 ans. Après avoir passé la première moitié de la vingtaine à bûcher pour franchir les paliers et être reconnu à sa juste valeur, il occupe maintenant le penthouse de sa carrière. Deux participations au Match des étoiles de la MLS, 23 sélections en équipe nationale. Et avec la puissante machine californienne dirigée par son compatriote Marc Dos Santos, il est une star parmi tant d’autres.
Pas plus tard que ce mardi, il contribuait deux passes décisives dans une leçon de 3-0 infligée à Cruz Azul. En le voyant célébrer avec les Son, Bouanga et autres Hugo Lloris, difficile de ne pas s’épater devant le chemin parcouru. Dans un vestiaire rempli de vedettes, Choinière n’est le faire-valoir de personne, mais leur égal.
« Tu essaies juste d’être le meilleur que tu peux être, de gagner le respect sur le terrain et en dehors. Mais ce sont des gars qui sont tellement humbles et honnêtes dans la façon dont ils vivent leur vie que ça se fait naturellement. Ce sont tous des vrais bons gars. Les trois que t’as nommés, c’était facile de faire des liaisons avec eux et je suis vraiment proches d’eux en ce moment. »
« J’avais envie d’une équipe où les ambitions sont hautes »
Pas une seule fois, au cours de l’entrevue, Choinière n’a poussé la moindre craque en direction du CF Montréal, un club qu’il a représenté autant comme jeune académicien que comme joueur par excellence de l’équipe première. « Je porte Montréal dans mon cœur pour toujours », glissera-t-il dans une de ses réponses.
Mais il suffit de l’entendre parler de sa nouvelle situation professionnelle pour faire « 1+1 » et comprendre que ce qu’il aime à Los Angeles est quelque chose qui ne s’applique plus à son club formateur.
« Ce que je peux dire sur ce club-là, c’est que c’est un club qui veut gagner. On est encore dans la course pour gagner tous les trophées qu’on peut gagner cette année et tu le vois que dans leur ADN, c’est vraiment ça. Tu rentres dans les matchs, c’est pas : “Hey les boys, come on, il faut gagner aujourd’hui". Non, c’est chaque jour, même à l’entraînement, il faut gagner. Tu le ressens. Tu entres dans le vestiaire et tu le ressens déjà chez les gars que ça fait longtemps qui sont là. »
« J’avais envie d’une équipe où les ambitions sont hautes. Comme je viens de dire, ils veulent se battre pour tous les trophées. Chaque jour tu dois gagner. C’est exactement ça que je cherchais. »
Avant d’arriver à Los Angeles, par contre, Choinière a fait un détour au bout duquel il s’est un peu cogné le nez. Parce que son ambition première, c’était de découvrir l’Europe, de s’y établir et d’y croître comme athlète. La durée de l’expérience suggère qu’il n’y est pas parvenu.
Au Grasshopper Club de Zurich, le Québécois n’a même pas complété une saison. Une blessure l’a cloué sur la table du kiné pendant quelques mois. À son retour, ses minutes de titulaires appartenaient à quelqu’un d’autre. Il n’aura finalement joué que 18 parties en première division suisse.
Un échec? Vous pouvez le penser. Lui, c’est un mot qui ne fait pas partie de son vocabulaire.
« Rien n’arrive pour rien, je pense. Ok, j’ai été blessé là-bas, mais j’y ai passé du super bon temps et je me suis fait de bonnes connexions. J’ai appris à jouer une relégation, pendant toute une année, ce qui n’est pas évident. Ça forge le mental parce que chaque match, tu es sous pression. J’ai appris à me bâtir comme joueur de soccer comme ça. Pour mon passage en Suisse, je suis vraiment reconnaissant. »
« Mais j’ai passé à autre chose assez rapidement. LAFC, je ne pense pas qu’on peut dire que c’est une petite équipe dans le monde entier. Je pense que c’est au-dessus de beaucoup de clubs européens en termes de tout ce qu’ils font. Ils n’ont rien à envier à personne. »
Sur le continent nord-américain, en tout cas, le Black and Gold s’enligne pour être une tête au-dessus de toute compétition. En Coupe des champions, il a déjà un pied en demi-finale et est bien positionné pour réussir où il a échoué en 2020 et 2023. En MLS, il est la seule équipe toujours invaincue et n’a accordé aucun but (!!!) en six matchs.
Pas étonnant, dans ce contexte, d’entendre Choinière dire que « depuis que je suis arrivé là-bas, j’ai que le sourire. »
Ses patrons doivent se dire la même chose à son sujet.





