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Ismaël Koné, après la tempête

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TORONTO – La jeune carrière d’Ismaël Koné est jalonnée d’autant de moments de pur génie que de dures leçons d’humilité. L’étalage d’un talent hors catégorie qui chevauche des éclairs d’immaturité dans un cycle perpétuel où se côtoient émerveillement et malaise.

Suivre le surdoué montréalais, c’est un jour se demander avec admiration d’où il peut bien sortir et le lendemain se demander dans la consternation où il peut bien s’en aller.

Son parcours vers les plus grandes ligues du monde a de quoi impressionner, mais maintes fois Koné a failli s’autosaboter. À Montréal, Wilfried Nancy a déjà raconté avoir pensé jeter l’éponge avec lui, fatigué de le voir répéter les mêmes erreurs. À Marseille, sa relation avec l’entraîneur Roberto De Zerbi a implosé dans une vidéo virale maintes fois repartagée. Pas plus tard qu’en septembre dernier, Koné a mal paru en contestant sans subtilité, en plein match, une décision de Jesse Marsch le concernant.

Étouffé dans le cocon bienveillant de l’équipe nationale, l’incident avec Marsch a vite été géré et oublié. Mais le tourbillon dans lequel il a été emporté malgré lui en France aurait pu salir irrémédiablement sa réputation ou le faire crouler sous le poids du jugement extérieur.

Un an plus tard, on constate que Koné s’en est brillamment remis. Maintenant à Sassuolo, un club nouvellement promu en Serie A en Italie, l’ancienne recrue du CF Montréal recommence à faire parler de lui pour les bonnes raisons. Il a démarré 26 des 28 matchs de l’équipe, dont il est l’un des meilleurs buteurs avec cinq réussites. Au milieu de terrain, il donne l’impression d’être en pleine maîtrise de son sujet.

On le sent aussi lorsqu’on l’observe et le côtoie. À l’aube de ses 24 ans, Koné a l’air enveloppé d’une belle sérénité. Rien ne dit que les fils ne se toucheront pas de nouveau un jour, mais pour l’heure, sa nonchalance passagère et son impulsivité semblent maîtrisées. Le petit Isma, nous fait-on remarquer dans nos déambulations dans l’entourage de l’équipe nationale canadienne, est devenu un homme.

« Je pense que j’ai toujours eu confiance en moi, répond-il quand on lui demande comment il a su se remettre du fiasco marseillais. C’est sûr que quand je passe par des périodes comme ça, ce n’est pas facile de rester positif. Mais j’ai toujours travaillé et j’ai toujours cru en mon talent en me disant que si je fais les choses bien, je pourrai toujours arriver au top niveau. Et j’étais conscient aussi que le football, ça ne peut pas toujours être tout droit. Il y a des moments où tu vas vivre des choses. L’important c’est de comprendre pourquoi tu les vis et de les amener dans ton bagage. Après ça, tu seras rodé et tu seras prêt peu importe la difficulté à laquelle tu fais face. »

« Et dans le foot, il faut que tu aies une grande confiance en toi. Il faut que tu aies un peu un côté où, limite, [tu te dis que] t’es trop fort. Parce que sinon, les gens, il y aura trop de bâtons dans les roues, donc ça va être facile de te descendre. Mais si toi tu sais ce que tu vaux et que tu travailles fort, que tu penses que tu es fort et que tu fais tout ce qu’il faut, au final tu pourras [réussir]. »

Un joueur plus complet

En coulisses, dans l’intimité d’une rencontre avec ses adjoints, Marsch a probablement pété un plomb ou deux au sujet de Koné. Mais connaissant l’importance du jeune milieu de terrain dans le projet dont il est à la tête, il s’est toujours affiché publiquement comme son plus grand défenseur. Cette semaine encore, le sélectionneur n’a pas ménagé les éloges à l’endroit du joueur formé dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce.

Plusieurs membres de l’équipe canadienne ont vécu ou traversent toujours des impasses avec leurs clubs respectifs. Le temps de jeu de Jonathan David a diminué avec la Juventus. Stephen Eustaquio a dû faire son deuil de sa vie à Porto. Cyle Larin a été poussé vers la porte de sortie à Feyenoord. Derek Cornelius a vécu la même chose d’abord à Marseille, ensuite aux Rangers de Glasgow.

Parmi tous ces exemples, Marsch a choisi d’isoler le cas de Koné.

« Si vous me demandez lequel de mes gars réussit le mieux après l’adversité qu’il a rencontrée, pour moi c’est Ismaël, a identifié le stratège dans une entrevue à One Soccer. Si vous le regardez jouer au fil des semaines, vous verrez un joueur responsable et difficile à affronter. On ne parle plus d’un joueur au talent naturel pour qui tout semble facile. Il prend le contrôle, il gagne ses duels, il gagne ses batailles dans sa partie du terrain. Il domine le milieu de terrain pour une équipe de milieu de tableau en Serie A. Le résultat, pour nous, c’est qu’on hérite d’un joueur plus fort et plus mature qui a une bien meilleure compréhension de ce qu’il faut pour se lever dans les moments importants. »

Koné se reconnaît dans ces propos. « Énormément », répond-il lorsqu’on lui demande s’il sent qu’il est devenu le joueur plus complet décrit par le patron de la sélection.

« Je parlais beaucoup avec Jonathan [David]. On avait des discussions par rapport à ça, il me disait qu’il l’avait remarqué et que c’était important pour moi de faire ce step. Pour moi, dans mon rôle et dans ma position, c’est important de comprendre tous les aspects du jeu, que ça soit tactiquement, offensivement et défensivement, le tempo, à qui faire la passe et à quel moment... Parce que je suis au centre de tout et pour moi c’était important de gagner en maturité. Je pense que c’est le moment pour moi. Je suis content du chemin que je suis en train de prendre et je dois juste continuer comme ça. »

Koné tente d’assumer toutes ces responsabilités dans le calme et la gratitude. « J’essaie de garder les pieds sur terre et de ne pas prendre les choses trop au sérieux. Je crois qu’après chaque erreur, il faut apprendre et avancer. Après la tempête, il y aura toujours des journées ensoleillées »

Le soleil brille présentement dans la carrière de Koné. Il jouera à la Coupe du monde, sa deuxième déjà, dans quelques mois. En Italie, on prétend que des clubs comme l’Inter, la Roma ou la Juventus s’intéressent à lui. Jadis, cet alignement des astres lui aurait sans doute monté à la tête. Aujourd’hui, il faut observer et écouter de près pour sentir sa fierté à la mention de ce que l’avenir pourrait lui réserver. Mais elle est bien réelle.

« Il y a un an, on me disait que je ne savais pas jouer au foot. Un an plus tard, on me dit que je pourrais aller dans les meilleurs clubs en Italie. Football! », laisse-t-il tomber avec un petit air revanchard.