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Parce que la période d’apprentissage tire à sa fin

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TORONTO – Jesse Marsch avait insisté sur ce point : même si l’état de santé de plusieurs de ses cadres créait un écart considérable entre l’équipe qu’il espère avoir sous la main à la Coupe du monde et celle qu’il avait assemblée pour deux matchs préparatoires cette semaine à Toronto, il voulait voir « deux bonnes performances » dans ces rencontres « amicales » que ses patrons avaient réussi à mettre au calendrier contre l’Islande et la Tunisie.

Ne serait-ce, on le devine, pour changer le ton d’un discours ambiant teinté de doutes et de questionnements à quelque deux mois et demi du coup d’envoi du Mondial.

Même si le Canada a fait preuve de caractère pour surmonter un début de match difficile, même s’il a fini par décrocher un résultat qui lui aurait permis de mettre des points au tableau dans une compétition officielle et même si Marsch, en bon meneur d’hommes, a pu identifier des sources de satisfaction après le nul de 2-2 soutiré à l’Islande, on le sentait agacé ou subtilement impatient, le sélectionneur canadien, samedi après-midi.

La proposition qu’on venait de lui offrir pour analyse était tachée de trop d’imperfections pour qu’il se lance sans réserve à la défense de ses joueurs.

« Je ne veux pas qu’ils ressentent trop de pression, je veux qu’ils continuent d’essayer de mettre en application les choses qu’on veut voir. C’est certainement frustrant de concéder deux buts de la manière qu’on l’a fait en première demie et de se mettre en danger de la sorte. Mais on a vu une prise en charge en deuxième demie et tous les joueurs à qui on a fait appel à partir du banc ont livré la marchandise. »

L’éléphant dans la pièce était la boulette commise par Kamal Miller, un défenseur qui s’accrochait déjà à de minces chances de gagner un poste dans l’équipe qui participera à la Coupe du monde. À la neuvième minute, avec un attaquant islandais sur le dos, Miller a tenté de réinitialiser le jeu en remettant derrière à son gardien. Il a plutôt lancé son poursuivant seul vers un gardien démuni de toute ressource.

Dayne St. Clair, le gardien en question, a défendu son coéquipier fautif en invoquant les conditions de jeu. « C’était une journée sèche et froide, la passe ne s’est pas rendue à moi. » L’argument, déjà tiré par les cheveux, ne tenait plus la route après les explications de Marsch, pour qui le vrai péché de Miller a été de jouer le ballon en retrait plutôt que de trouver une solution vers l’avant.

« Parce que c’est l’un de nos principes de jeu fondateurs, a insisté le tacticien. Souvent, une passe complétée vers l’arrière est à mes yeux une erreur tandis qu’un revirement commis vers l’avant nous donne quand même l’occasion d’appliquer une pression immédiate pour regagner le ballon. »

Miller, le pauvre, a aussi été pris en défaut sur le deuxième but encaissé une dizaine de minutes après la remise en jeu. Après une succession de ballons et de duels perdus en milieu de terrain, Joel Waterman et lui ont réagi en retard à la dernière passe qui a envoyé l’auteur du premier but du match vers son doublé.

Marsch a pris la peine de souligner qu’il avait aimé la façon dont Miller avait su se ressaisir et participer à la remontée avant d’être sorti du match pour le dernier quart d’heure de jeu. Mais les dommages étaient faits.

« J’ai aimé la façon dont on s’est battus pour revenir de l’arrière, s’encourageait St. Clair. On ne souhaite évidemment pas se retrouver dans une situation comme celle-là, mais on a confiance en nous, on croit en nous et ça nous a permis de se battre pour reprendre un point. »

« Ce qu’on ne veut pas, c’est baisser la tête et qu’un déficit d’un but se transforme en un écart de deux ou trois buts, a relativisé Richie Laryea. Aujourd’hui, on a su stopper l’hémorragie après deux en resserrant les choses défensivement et en revenant à nos principes. Ça peut être bon de se faire rappeler à l’ordre de la sorte. Je préfère qu’on vive ça ici et qu’on en tire une leçon que de revivre ça le 12 juin. »

Dans le grand ordre des choses, la déception n’est pas dramatique. Dans le onze partant du Canada contre l’Islande, on dénombrait tout au plus trois joueurs qui sont assurés d’avoir leur place autour du rond central, le même d’où Miller a gaffé, pour le premier coup de sifflet d’un match qui sera observé sur la planète entière dans quelques mois.

Néanmoins, on peut voir une tendance se dessiner et le temps pour y remédier sera bientôt écoulé. C’est l’incapacité pour cette équipe canadienne de régler le cas d’équipes prenables, à sa portée. Et c’est surtout cette mauvaise habitude de pouvoir attribuer la cause de ces échecs à une bourde grotesque, trop facilement évitable.

Marsch a lui-même rafraîchi la mémoire collective en rappelant la gaffe de Niko Sigur qui avait ouvert la porte à une victoire australienne en octobre dernier à Montréal. Il a aussi mentionné la défaite précoce contre le Guatemala à la dernière Gold Cup, un match dans lequel Jacob Shaffelburg avait été expulsé sur deux cartons jaunes avant la mi-temps.

Il existe une version de l’équipe canadienne qui peut aspirer à sortir de son groupe et à faire un bout de chemin dans la phase éliminatoire à la prochaine Coupe du monde. Avec tout le monde à bord, elle est assez talentueuse pour y croire. Mais il existe aussi une version de cette même équipe qui se tire dans le pied pour échapper de précieux points contre, disons, le Qatar ou la Bosnie.

« Oui, je crois que chaque moment est une occasion d’apprendre sur ce à quoi ces matchs, et ceux qui nous attendent cet été, peuvent nous confronter. Mais elle est là, la clé : il faut apprendre, implorait quasiment Marsch samedi, et éviter de répéter les mêmes erreurs, ou d’autres, qui pourraient un jour nous être fatales. »