À partir du moment où Jonathan Sirois a compris qu’il n’était plus le gardien de but titulaire du CF Montréal, deux choix s’offraient à lui. Bouder dans son coin pendant deux mois et demi et attendre que cette saison de misère se termine ou s’assurer que son remplaçant Thomas Gillier soit dans de bonnes dispositions pour défendre la cage du Bleu-Blanc-Noir.
Étant donné que la confrérie des gardiens forme « une petite famille », le Québécois a ainsi choisi d’épauler l’international chilien du mieux qu’il le pouvait, même s’il reconnaît après coup qu’il a encaissé un choc en apprenant qu’il perdait son filet et que tout cela l’amène aujourd’hui à s’interroger très sérieusement sur son avenir avec l’équipe, celle qui l’a formé.
« Évidemment, ç’a été difficile, a avoué Sirois au cours du bilan des joueurs organisé mardi. J’ai eu une discussion avec Marco au début quand ç’a commencé. Il a été très honnête avec moi. Il m’a dit que Thomas, venant de Bologne, allait être un peu plus priorisé et tant qu’il n’allait pas mal faire, c’est lui qui allait jouer jusqu’à la fin de la saison. Ç’a fait un choc, mais j’ai apprécié son honnêteté. Ç’a fait en sorte que ç’a été un peu plus facile à prendre.
« Je pense que la situation était quand même assez spéciale. Ce n’est pas nécessairement comme si on avait une compétition “week in, week out”. Ça change un peu la donne. Si on m’avait dit que j’avais une chance de compétitionner chaque semaine pour peut-être avoir le poste, ç’aurait été différent. Mais je pense que j’ai décidé de le prendre de ce côté-là et de l’aider justement parce que je savais que c’est lui qui allait avoir la priorité.
« À la fin de la journée, les gardiens, nous formons une petite famille et j’aime quand les gardiens “performent” bien. Ç’a été la même chose quand Seb (Sébastian Breza, NDLR) a joué ses matchs cette année. Seb a été dans de bonnes dispositions les jours où il a joué. »
Par contre, ce n’est pas parce que Sirois a adopté une bonne attitude qu’il est d’accord avec la décision de le confiner à un rôle de substitut. Jusqu’à ce que Gillier dispute son premier match le 5 août en Coupe des Ligues, le portier âgé de 24 ans a eu l’impression qu’il avait permis, la plupart du temps, à l’Impact de rester dans le coup, même si le club jouait mal.
« C’est sûr qu’en tant que professionnel, on veut toujours jouer, a expliqué Sirois. Je pense que j’ai démontré au cours de la saison que je méritais d’être partant. Souvent, quand on sentait que le bateau coulait un peu, je nous permettais, dans les matchs, de garder la tête au-dessus de l’eau, de ne pas nous noyer. Je suis allé chercher de gros résultats à plusieurs reprises cette saison. C’est évident que j’aurais préféré [que les choses se passent] autrement.
« Mais je respectais l’agenda du club. J’ai essayé de voir le positif et d’aider le collectif. »
Sous contrat jusqu’en 2026 avec une option pour 2027, Sirois a été le seul joueur présent au bilan de mardi à semer un doute sur la poursuite de son association avec le CF Montréal. Évoquant d’abord « des objectifs personnels à atteindre », il a ensuite précisé que le poste de troisième portier de l’équipe canadienne en vue de la Coupe du monde est dans sa mire.
Si les places de Dayne St. Clair et Maxime Crépeau paraissent acquises, celle qui reste pour les accompagner semble davantage ouverte. Sirois fera vraisemblablement la lutte à Jayden Hibbert, Luka Gavran, Tom McGill, James Pantemis ainsi que Grégoire Świderski.
Sauf que ce n’est certainement pas en occupant un rôle de second qu’il parviendra à convaincre le sélectionneur Jesse Marsch de l’inclure dans son effectif pour la Coupe du monde.
« Ce sont des décisions que je vais devoir [prendre] au courant de l’entre-saison, a indiqué Sirois. On va en parler avec le club, évidemment. On verra. La Coupe du monde est dans huit mois, il faut que je pense à ça. Ça va être des réflexions, des discussions avec le club.
« Tout est sur la table en ce moment. L’année dernière, quand on avait terminé la saison, tant la sélection nationale que le club m’avaient demandé de travailler sur certains aspects : avoir plus de constance, faire moins d’erreurs grossières et être un peu meilleur dans ma distribution au pied. Ce sont tous des aspects que je sais que j’ai améliorés. »
Cela dit, est-ce que Montréal est présentement le meilleur endroit pour un gardien qui cherche à se faire valoir auprès des bonzes des sélections nationales? Malgré tout l’enthousiasme et l’optimisme générés à la suite de l’annonce du retour de Marco Donadel la saison prochaine, personne ne sait que le CF Montréal sera une équipe compétitive.
« C’est une question compliquée parce que je pense que même quand je jouais, des fois, les discussions que j’avais avec la sélection nationale étaient un peu mitigées parce que [les dirigeants] ne regardaient pas seulement l’individuel, mais le collectif aussi, a répondu Sirois. Il y a des moments où je jouais bien, mais on ne m’appelait pas parce que l’équipe allait un peu mal. C’est évidemment une chose à laquelle je vais devoir également penser.
« Mais je pense que Jesse aime bien Montréal et qu’il aime aussi quand les joueurs jouent en MLS. »
Si la décision d’épaule Gillier a été facile à prendre, celle concernant son avenir sera assurément beaucoup plus compliquée et pourrait surtout être lourde de conséquences.




