LAVAL – Sean Rea a levé les yeux et a vu quelque chose qu’on lui laisse rarement en aussi grande quantité : de l’espace.
Celui qui a deux bâtons de dynamite à la place des mollets a donc pris trois longues foulées sur la petite parcelle de gazon dont il avait l’exclusivité, puis il a zigzagué entre deux adversaires qui l’entouraient timidement en haut de la surface de réparation. Quand le ballon a fini son envolée dans les cordages du petit filet, on a compris que le FC Supra avait appris sa leçon.
Son dernier match contre l’Atlético Ottawa s’était terminé en catastrophe. Ça n’allait pas être le cas mercredi soir au Stade Boréale. Dans le match aller de son quart de finale du Championnat canadien, le Supra a produit une convaincante victoire de 3-1 sur ses rivaux ottaviens.
Le but de Rea plaçait le Supra en avant 2-0 à la 50e minute. Les visiteurs, qui avaient montré un certain regain de vie à la sortie des vestiaires, ne s’en sont pas remis. Ils avaient renversé le Supra avec quatre buts sans riposte lors du dernier match entre les deux équipes. Ils n’ont jamais été près de refaire le coup lors de ces retrouvailles attendues par la troupe de l’entraîneur-chef Nick Razzaghi.
« On s’inspire beaucoup d’une équipe comme le Forge qui trouve souvent, même dans les moments faibles, une façon de gagner, a comparé Razzaghi après la rencontre. Ça, c’est l’expérience, c’est une cohésion qu’ils ont. Qu’on ait été capable aujourd’hui de répondre dans un moment difficile, dans un match très important, contre une équipe qui nous avait battus deux fois dans un contexte très difficile à accepter, c’était excellent. »
« On peut juste s’en vouloir pour le but qu’on a pris, regrettait le coach. Mais sinon, 3-0 c’était mérité. Un 3-1, c’est mérité aussi. Tout le monde s’est battu ensemble. Pour moi, c’était top. »
Le Supra a gardé le pied enfoncé sur l’accélérateur pendant la majeure partie de la deuxième période, au cours de laquelle il a comptabilisé six de ses neuf tirs cadrés. En comparaison, Ottawa n’a dirigé qu’un total de huit tirs vers le filet défendu par Joakim Milli.
Ibrahim Condé a ajouté une couche de confort en enfonçant son premier but chez les pros à la 83e minute.
L’autre but du Supra a été l’affaire de David Choinière, qui a mis au fond un ballon qui venait de lui être relayé par Loïc Kwemi.
« Je pense qu’on est au courant que le dernier match contre eux, ce n’est pas une situation dans laquelle on voulait être. C’est un match qu’on regrette, a dit le capitaine. On l’a échappé. Mais aujourd’hui, on a appris de nos erreurs. C’est ça le plus important, c’est qu’on a exécuté de la bonne façon pour aller chercher un résultat. Mais on est au courant que ce n’est pas fini. On est courant qu’il y a un deuxième match et on le sait maintenant que tant que ce n’est pas fini, il faut continuer. »
Le match retour de la série qui se décidera au total des buts aura lieu à Ottawa le 11 août.
Dans ce contexte, le but réussi par le Montréalais Wesley Timóteo sur un superbe coup franc à la 86e minute est loin d’être insignifiant. Il offre aux retardataires une chance beaucoup plus réaliste de combler l’écart dans un mois.
« Personnellement, je crois qu’on a manqué un peu d’intensité, surtout en première mi-temps, a commenté Timóteo. On aurait pu faire mieux, mais on n’est pas encore éliminés. On aura la chance de se reprendre à TD Place et une différence de deux buts, c’est faisable. »
Razzaghi a senti ses hommes fébriles après ce signe de vie des visiteurs, mais la façon dont ils ont ultimement su limiter les dégâts l’a comblé.
« Je ne veux pas qu’on sous-estime la difficulté, pour des joueurs qui vivent des émotions partout, qui ont vécu beaucoup de choses à date, de rester dans ce match-là et d’en faire juste assez pour le finir comme il se doit. Ça, c’est une qualité des champions. Maintenant, pour être champions, il faut le répéter. C’est ce qu’il nous reste à faire. Mais chaque individu qui était sur le terrain doit recevoir du crédit parce que c’est très difficile de garder son sang-froid, avec la tête à la bonne place, dans ces situations. Je suis extrêmement fier de ça. »
De la Coupe du monde au Stade Boréale
Ismaël Koné, Moïse Bombito et Nathan Saliba viennent de jouer la plus grosse compétition de leur carrière, celle qui en restera peut-être pour toujours le summum. Mercredi, ils ont montré qu’ils n’ont pas oublié d’où ils viennent.
Le trio d’internationaux canadiens, de passage au Québec avant d’aller reprendre leur parcours en Europe, était dans les gradins du Stade Boréale pour assister à la victoire du Supra.
En tant qu’anciens du CS Saint-Laurent, Koné et Bombito ont un lien fort avec les dirigeants du Supra. Son président, Rocco Placentino les a vus grandir dans son ancien rôle de directeur technique du club semi-pro. Produit du CS Longueuil, Saliba a notamment pu revoir en action d’anciens collègues de l’Académie de l’Impact comme Rea, Jean-Aniel Assi et Gabriel Antinoro.
Leur présence n’est pas passée inaperçue.
« Je ne savais pas qu’ils seraient ici, mais quand je les ai vus à la fin du match, je me suis dit que c’était bien de jouer en si bonne compagnie, d’avoir des gars de ce calibre qui viennent nous supporter. C’est immense, a reconnu Choinière. Ce sont de grands ambassadeurs de ce qui se fait ici et on est heureux de les avoir reçus. »
« Ça démontre juste à quel point la communauté du soccer québécois est tissée serrée, apprécie Razzaghi. Au Québec, que ça soit les joueurs, les entraîneurs, les dirigeants, on a beaucoup de caractère, on est très compétitifs, on a du talent, on a des égos. Mais à la fin de la journée, on veut tous la même chose, c’est de voir les nôtres réussir. De voir ces gars-là derrière nous aujourd’hui, c’est ce que ça me dit. »




