Le sourire que Joshua Roy affichait après avoir donné les devants 2-0 au Rocket de Laval à mi-chemin en première période en disait long sur l’état d’esprit qui régnait à la Place Bell à ce moment-là. Un but marqué à la suite d’un bond favorable derrière le filet des Marlies de Toronto, mais un but quand même, qui laissait croire que la soirée s’annoncerait grandiose.
Pendant la quasi-totalité des un peu plus de douze minutes qui s’étaient écoulées jusque-là, les joueurs du club-école des Canadiens étaient partout sur la patinoire. Roy et ses compagnons de trio Sean Farrell et Owen Beck volaient sur la surface glacée, alors que le premier trio formé de Samuel Blais, Laurent Dauphin et Alex Belzile écrasait la compétition.
C’est d’ailleurs une solide mise en échec de Blais en fond de territoire qui avait mené au premier but du Rocket – inscrit par Dauphin – un peu plus d’une minute avant celui de Roy. À un certain moment, les locaux menaient 10-2 au chapitre des tirs au but et plusieurs les imaginaient déjà en train de se préparer à balayer la série, dimanche après-midi, à Toronto.
Mais soudainement, tout s’écroula. Avec pour seule et unique raison : l’indiscipline. Des pénalités à répétition qui ont permis aux visiteurs de marquer 4 buts en 10 occasions en supériorité numérique pour éventuellement l’emporter 6-2 et créer l’égalité 1-1 dans la série demi-finale de la division Nord, au meilleur des cinq matchs, qui oppose les deux équipes.
C’est malheureusement ce même Roy qui a ouvert toute grande la porte à la remontée des Marlies en écopant d’abord d’une première pénalité mineure pour coup de bâton, dix-sept secondes après avoir compté, ce qui a permis à Logan Shaw de réduire l’écart à un but. Puis, en début de deuxième, il a été chassé quatre minutes pour bâton élevé, ce qui a donné la chance à Vinni Lettieri de niveler le pointage à l’aide d’un tir frappé des ligues majeures.
Luke Mittelstadt a « terminé le travail » en fin de deuxième en étant puni pour avoir cinglé. Luke Haymes s’est alors chargé de donner les devants aux Marlies, qui n’ont plus jamais regardé derrière par la suite. Easton Cowan a ensuite rapidement coupé court aux espoirs du Rocket en marquant en début de troisième après une brillante manœuvre individuelle, avant que Cédric Paré – dans un filet désert – et Noah Chadwick ne creusent davantage l’écart.
« On ne gagnera pas de match en accordant [autant] d’infériorités numériques. Ça, c’est certain, a analysé Belzile après la défaite. C’est difficile à dire ce qui s’est passé. Des fois, tu ne réagis pas toujours de la bonne façon face à une décision qui a été prise par les officiels.
« On est en séries. Des deux côtés, les arbitres manquent des “calls”. Ce n’est pas juste de notre côté. On n’est pas des victimes dans cette histoire-là. Au contraire, il faut continuer d’avancer. On ne peut pas se permettre d’être autant indisciplinés pendant une rencontre. »
« On ne peut pas donner 10 avantages numériques et espérer gagner un match, a renchéri un Pascal Vincent visiblement irrité. On a bien commencé, on était bien préparés, mais la chaîne a débarqué. J’ai des adjectifs en tête que je ne peux malheureusement pas répéter. »
« [L’indiscipline] c’est un sujet dont on a parlé toute l’année, a continué l’entraîneur-chef. Je l’ai répété dans la chambre, mais c’est une décision. En séries, si tu veux gagner, il faut que tu sois prêt à accepter qu’il y ait des “calls” qui ne vont pas de ton bord. Ce sont des choses qui arrivent. À un certain moment, on a complètement perdu le contrôle du processus... »
Vincent s’est bien gardé de ne pas viser de joueur en particulier, mais en regardant la liste des infractions, il y a eu bien peu de « bonnes » pénalités au cours de cette soirée. En plus de celles précédemment mentionnées, notons une pénalité pour conduite antisportive de Dauphin suivie quinze secondes plus tard d’une infraction pour rudesse de Beck, qui est sorti de ses gonds après avoir trébuché à la suite d’un contact arrivé dans le feu de l’action.
Cette succession de pénalités a évidemment empêché les joueurs du Rocket de maintenir le rythme d’enfer qu’ils ont imposé pendant la première portion du match et a évidemment limité le temps de jeu de tous ceux qui ne sont pas utilisés lors des infériorités numériques.
« On ne donnait absolument rien, a déploré Vincent. Quand tu forces les choses, tu te dois de jouer d’une manière qui ne donne pas l’occasion à l’adversaire de revenir dans le match.
« À 2-1, on était en position pour se retrouver en avantage numérique, puis on s’est ramassé à quatre contre quatre et finalement à trois contre quatre dans le temps de le dire. On ne se contera pas d’histoires. L’intensité, ça fait en sorte que tu prends de mauvaises décisions. »
Cela dit, l’indiscipline a été l’un des grands enjeux du Rocket cette saison – l’équipe s’étant retrouvée 283 fois en infériorité numérique, le 2e plus haut total dans la Ligue américaine de hockey. D’un autre côté, le club a montré qu’il est capable d’éviter le cachot comme cela a été le cas dans le 1er match de la série, mercredi, en n’écopant que de 3 petites pénalités.
« La beauté dans tout ça, c’est qu’on a eu un exemple [mercredi] où ç’a marché, a conclu Belzile. On va apprendre de ça, tourner la page et on va être prêts pour le troisième match. »
Si ce n’était que de Vincent, ses joueurs ne souriraient pas uniquement après avoir marqué, mais aussi après avoir reçu des coups. À voir s’ils retiendront cette grande leçon dimanche.









