MONTRÉAL – Mettez-vous deux minutes dans les patins d’Ukko-Pekka Luukkonen.
Trois semaines s’étaient écoulées depuis la dernière fois qu’on l’avait vu devant son filet. Sa dernière apparition : le genre de soirée qu’on préférerait oublier. Dans le deuxième match de la série contre les Bruins de Boston, il avait échappé un tir du revers de Morgan Geekie qui provenait du centre de la patinoire. Quand, un peu plus tard, il a accordé un quatrième but sur le 19e tir qu’il a reçu, il a été invité à s’asseoir au bout du banc. Il n’y avait alors que 16 secondes de jouées en troisième période.
C’était l’histoire de ses séries jusqu’à ce que Lindy Ruff, insatisfait des deux dernières performances d’Alex Lyon, le renvoie dans la mêlée pour le quatrième match de la demi-finale de l’Est au Centre Bell. Un match que son équipe pouvait difficilement se permettre de perdre, dans des conditions qui ont déjà fait trembler les genoux de gardiens bien plus expérimentés que lui dans le passé.
Comment dit-on « bonne chance » en finnois?
Mais le Finlandais de 27 ans a été solide. Pas miraculeux au point où on commencera à entendre parler d’un printemps Luukkonen mercredi dans les lignes ouvertes, mais assez pour dissiper les doutes à son endroit et, surtout, ramener les Sabres dans cette série qui est désormais égale 2-2.
« C’est une bête, l’a étiqueté son coéquipier Zach Benson, auteur du but vainqueur, au podium d’après-match. On avait déjà une confiance béton en tous nos gardiens. “U.P.” a fait tellement de gros arrêts dont nous avions besoin. Il est la principale raison pour laquelle on sort de ce building avec la victoire ce soir. »
Luukkonen n’a pas nécessairement commencé sa soirée avec une cape de héros battant au vent. Il a été battu par Alex Newhook à mi-chemin en première période au bout d’une séquence où, il faut le dire, il a été complètement abandonné par sa défensive. Et il a laissé une ouverture juste assez grande pour Cole Caufield pendant un désavantage numérique en fin de période.
Mais c’est justement contre ce même Caufield qu’il a mis son empreinte sur le match au retour de l’entracte. Pendant un autre jeu de puissance du Canadien, le marqueur de 50 buts a décoché deux tirs sur réception de sa position de prédilection à la droite du gardien. Chaque fois, Luukkonen a devancé et encaissé le missile.
Après une première période complètement folle qui aurait pu couper les jambes des Sabres, ces deux arrêts leur ont permis de continuer d’y croire.
« C’est le genre d’arrêts qui font se lever tout le monde d’un trait au banc. Des arrêts qui changent un match, a identifié Ruff. Dobeš en a fait aussi où je suis sûr que ses coéquipiers étaient tous debout. C’est le temps de l’année où on a besoin de tels arrêts. Notre désavantage numérique a été bon, mais on n’en parlerait pas sans ces quelques arrêts réalisés à des moments clés. »
Luukkonen a aussi été sans pitié devant Ivan Demidov et Nick Suzuki en début de troisième période. Dans un match où les Sabres ont passé plus d’onze minutes à se défendre avec un joueur en moins, il a conclu sa soirée de travail avec 28 arrêts.
« Je n’ai pas connu le début de match que je voulais en leur permettant de prendre les devants en fin de première, a commenté le gardien victorieux. Mais ça fait du bien de savoir que j’ai pu m’accrocher. En deuxième période, à commencer par ces deux arrêts au tout début, j’ai commencé à me sentir beaucoup plus à l’aise. »
« Je ne suis pas entraîneur des gardiens, mais je peux dire qu’il a réussi quelques gros arrêts, analysait son compatriote Konsta Helenius. [Les deux aux dépens de Caufield], ça te crinque une équipe. Il a été solide pour nous et je suis vraiment content pour lui. »
« “Upi” a fait ça toute l’année, a exposé le défenseur Mattias Samuelsson, qui l’a bien appuyé en étant crédité de six tirs bloqués. Il a l’habitude de faire les gros arrêts quand on en a besoin. Notre travail est toujours plus facile quand on sait qu’il veille au grain derrière. Je suis content pour lui. Il a eu sa chance et il a été incroyable. »
Lyon et Luukkonen se sont partagé le filet pendant la majeure partie de la saison régulière et ont chacun été au cœur de la résurrection des Sabres. Ils sont devenus le premier duo de gardiens de l’organisation à conclure une saison avec chacun 20 victoires depuis que Martin Biron et Ryan Miller l’avaient fait en 2005-2006.
Luukkonen avait pris la pole en fin de saison, amorçant six des neufs derniers matchs de l’équipe. Son faux pas au début des séries lui a valu une période d’inactivité comme il n’en avait pas connu cette saison. Aux yeux de Ruff, il a été un « excellent coéquipier » pendant cette parenthèse. « Il a travaillé extrêmement fort en sachant qu’il aurait une deuxième chance. »
Cette chance, il l’a bien saisie mardi à Montréal. La suite lui appartient.











