MONTRÉAL – Avouez qu’à 3-1, vous pensiez que c’était dans le sac.
Il n’était pas encore 21 h quand vous avez commencé à vous demander dans quelle forme les Hurricanes de la Caroline allaient se présenter en finale de l’Est après une aussi longue période d’inactivité. Vous cherchiez des solutions pour ralentir le trio de Taylor Hall, évaluiez les chances de Suzuki d’avoir le dessus sur Aho ou encore pianotiez frénétiquement sur Google afin de savoir où diable était rendu Jesperi Kotkaniemi.
Difficile de vous blâmer. Les Sabres avaient réellement un pied sur l’échafaud. Pour la troisième fois en quatre matchs, ils venaient de gâcher un excellent début de match. Leur gardien n’arrêtait littéralement rien. Une équipe si jeune et vulnérable en retard de deux buts dans l’amphithéâtre le plus intimidant de la Ligue nationale... les chances de remontée semblaient à peu près nulles.
Et pourtant, cette série se dirige bel et bien à Buffalo pour un septième match décisif qui aura lieu lundi soir. Comment ont-ils fait?
« Il faut essayer de ne pas jouer en fonction du pointage, philosophait Tage Thompson, bien en verve devant son casier, après la spectaculaire victoire de 8-3 de son équipe pour forcer un septième match dans la série. Peu importe ce qui arrive, il ne faut pas penser plus loin que la prochaine présence. À l’image de cette série, un match va être ponctué de plusieurs oscillations. Si vous vous laissez déconcentrer par chaque petit moment qui fait changer le momentum, vous allez perdre la tête. »
« Pendant tout le match, j’ai senti que notre banc était vivant, a témoigné le capitaine Rasmus Dahlin. On a cru en nous dès le tout début, [Ukko-Pekka Luukkonen] est rentré pour nous donner un peu d’énergie. Ça a pris plusieurs petites choses pour nous garder dans le coup, mais je ne pourrais être plus satisfait du caractère qu’on a démontré. »
Même si le Canadien menait par deux buts après à peine dix minutes de jeu, l’entraîneur-chef Lindy Ruff a répété qu’il avait adoré la première période offerte par ses joueurs.
« Je ne pense pas que c’était un départ atroce. Quelques rondelles ont trouvé le fond de notre filet, c’est tout. On jouait bien. J’ai dit à l’équipe de continuer dans la même veine. On faisait bien circuler la rondelle, on défendait bien notre territoire. »
L’avenir lui a donné raison. À partir du moment où leur gardien a commencé à arrêter des rondelles, les Sabres ont tranquillement pris le contrôle du match. Ils ont réduit l’avance du CH de moitié avant la fin du premier vingt, puis ont retourné la partie comme une voiture pendant une émeute sur Ste-Catherine avec trois buts consécutifs en deuxième période.
Saisi, le Canadien venait de se faire faire le même coup qu’il avait joué à ces Sabres deux jours plus tôt sur leur terrain.
« Comme je le disais ce matin, il faut qu’on patine et je crois que ça a été la plus grosse différence ce soir, a complémenté Ruff. Aux deux extrémités de la glace, on a patiné. On leur a enlevé du temps et de l’espace dans notre zone et on a pu se défaire de leur couverture en zone offensive. »
À Buffalo, à qui l’avantage?
La série retourne maintenant à Buffalo, un dénouement qui confère un avantage évident à... à qui au juste?
Parce que ces séries éliminatoires sont en train de provoquer un questionnement sur quelques idées préconçues, la plus importante étant probablement celle qui veut que le Centre Bell soit une forteresse imprenable habitée par 21 000 fidèles si bruyants et intimidants que leur contribution procure un avantage certain à leurs favoris. La réalité, c’est que le Canadien a perdu quatre de ses six matchs à domicile depuis le début de son tournoi printanier.
En revanche, il fait fort bien sur les patinoires adverses. Il a gagné trois matchs à Tampa Bay en première ronde, dont le septième et dernier. Il devra maintenant faire la même chose à Buffalo, où il a déjà signé deux victoires.
La situation est la même chez les Sabres. Ils avaient été parfaits en trois sorties à Boston en première ronde et ont éventuellement trouvé leurs aises à Montréal, mais ils ont jusqu’ici laissé filer quatre matchs devant leurs partisans.
« On a déjà commencé à s’échanger des idées, mais on va changer la façon dont on a fait les choses à domicile, a admis Ruff. Pour l’instant, je n’ai vraiment pas de réponse pour expliquer cette réalité et personne n’a été capable de m’en donner non plus. Mais je suis certain que [le Canadien] se pose les mêmes questions dans son édifice, comme c’était le cas pour les Bruins avant eux. Ce que je sais, c’est que ça sera un match, un seul, avec la chance de continuer notre chemin. »
En attendant d’être fixé sur sa prochaine stratégie, Ruff peut au moins espérer que les réponses qu’il a trouvées pour éviter l’élimination à son équipe samedi dureront dans le temps. En modifiant ses trios pour le match numéro 6, le vieux tacticien a réussi à faire débloquer Tage Thompson qui, aux côtés de Zach Benson et Josh Norris, a récolté quatre points (un but, trois passes) et décoché un total de 11 tirs au but.
Dahlin, qui avait demandé aux gros joueurs des Sabres de s’élever à la hauteur de l’enjeu, a relevé son propre défi en sortant une performance de cinq points.
Dans une série normale, tout ça voudrait probablement dire quelque chose. Mais si les six premiers matchs nous ont appris quelque chose, c’est que les indices d’hier peuvent rapidement devenir les fausses pistes de demain.
Bref, gardez votre idée sur les Hurricanes. Ça pourrait toujours servir.











