Comment dépasser les émotions soulevées par un but gagnant enfilé lors d’un septième match de séries éliminatoires?
En marquant un deuxième but victorieux dans le cadre d’un septième match de séries éliminatoires, mais cette fois en prolongation.
« C’est malade, a candidement reconnu Alex Newhook qui a donné la victoire après 11 min 22 s d’écoulés en première période de prolongation.
« Le plus plaisant de l’affaire, c’est que lorsque tu marques en prolongation, tout s’arrête. Tu n’as pas à te stresser avec le défi de protéger ton avance », a défilé Newhook qui a été assailli par ses coéquipiers au centre de la patinoire.
Pendant que les partisans des Sabres se prenaient la tête à deux mains, les nombreux « fans » du Canadien qui avaient pris le KeyBank Center d’assaut ont quant à eux levé les bras au ciel et entonné des Olé! Olé! Olé! pour souligner la victoire de leurs favoris.
Après avoir propulsé le Canadien en deuxième ronde des séries lors du septième match face au Lightning à Tampa Bay, le 5 mai, Newhook a donc propulsé le Tricolore vers la finale de l’Association Est lundi soir à Buffalo. Ou mardi matin à St. John’s, la capitale de Terre-Neuve d’où il est originaire.
D’une équipe qui a terminé au dernier rang de la LNH en 2022, d’une équipe qui s’est ensuite satisfaite d’être dans le «mix» ou au sein du peloton pour se tailler une place en séries éliminatoires, voilà que le Canadien s’est maintenant hissé au sein du carré d’as.
La plus jeune formation – âge moyen de 25,8 ans – à atteindre le carré d’as depuis le Canadien en 1993.
Il y a de quoi célébrer!
« Je suis convaincu que c’est la fête à Montréal et que ce l’est tout autant à la maison où il n’est jamais trop tard pour faire la fête », a d’ailleurs indiqué le héros des deux matchs décisifs gagnés par le Canadien depuis le début des séries.
Un rappel du printemps Halak en 2010 alors que le Tricolore avait éliminé, coup sur coup, les Capitals de Washington et les Penguins de Pittsburgh en sept rencontres.
De chasseurs, à chassés
Le but de Newhook a permis à tous les membres de l’organisation du Canadien et à leurs partisans de pousser un long soupir de soulagement.
Car après avoir pris les devants 2-0 en première période, le Canadien est passé en mode défensive au lieu de tenter de mousser son avance.
Du début à la fin de la deuxième période et par longs moments au dernier tiers, les joueurs du Tricolore ont eu ceux des Sabres dans le visage. Avec comme résultat que l’avance de 2-0 a non seulement été effacée, mais que les Sabres ont obtenu plusieurs occasions de s’offrir une avance et de prendre le contrôle de la partie autant sur le tableau que sur la patinoire.
Dire que le Canadien a cessé de jouer serait injuste à l’endroit de la qualité du jeu offert par les Sabres pour revenir dans le match. Car de chasseurs qu’ils étaient au premier tiers, les joueurs du Tricolore sont devenus les chassés!
« Ce n’est pas comme si on avait décidé de simplement se défendre. Ils se sont mis à appliquer un échec avant soutenu et à prolonger la durée de leurs séquences dans notre territoire. On n’arrivait pas à orchestrer des sorties de zone et quand on arrivait à passer la ligne bleue, on leur remettait la rondelle, mais nous devions revenir au banc parce qu’on était fatigué au lieu de foncer pour leur mettre un peu de pression », a analysé avec justesse le vétéran défenseur Mike Matheson.
« Ce n’était pas beau, mais on a quand même beaucoup mieux joué ce soir qu’on l’avait fait lors de la septième partie à Tampa », a insisté Phillip Danault qui a ouvert la marque en faisant dévier, avec son patin, un tir de Kaiden Guhle.
Histoire de rappeler à ceux et celles qui l’auraient déjà oublié, le Canadien avait été dominé 29-9 au chapitre des tirs au but lors du vol de grand chemin réalisé par Jakub Dobes pour battre le Lightning il y deux semaines.
Le Canadien s’en est donc remis encore pas mal sur les jambières de son gardien. Au surlendemain d’une sortie difficile, Jakub Dobes s’est bien repris avec une performance de 37 arrêts au fil d’un match au cours duquel il a été harangué par les partisans des Sabres.
« Ils ont chanté mon nom durant tout le match. J’ai aimé ça. J’aimerais d’ailleurs les en remercier, car cela m’a grandement motivé », a affirmé Dobes avec un large sourire narquois accroché au visage.
Grâce à son gardien, le Canadien s’est donc retrouvé en prolongation. Et comme l’a souvent confirmé un grand sage, une fois en prolongation, tout peut arriver.
« On savait qu’on avait autant de chances qu’eux de gagner. On s’est dit qu’en début de saison on aurait tous été contents de se retrouver en prolongation, dans un septième match, en deuxième ronde des séries. Une fois en prolongation, un petit tir pas rapport pourrait nous donner la victoire », a expliqué Danault.
Et c’est exactement ce qui est arrivé. Meilleur franc-tireur du Canadien – il a marqué son septième des séries lundi soir – Newhook a décoché un tir vers la cage des Sabres. La rondelle a suivi une trajectoire capricieuse avant de déjouer Ukko-Pekka Luukkonen qui a lancé son masque à bout de bras à son retour au banc des Sabres pendant que Jakub Dobes et Jacob Fowler valsaient bras dessus, bras dessous au centre de la patinoire.
« J’aimerais vous dire que j’ai mis un effet spécial sur la rondelle, mais ce n’est pas le cas. J’ai d’abord cru que Jake (Evans) avait fait dévier mon tir, mais comme il ne fêtait pas je me suis dit que c’était moi qui avais bel et bien marqué », a analysé Newhook.
La reprise tend à démontrer que la rondelle a changé légèrement de direction, mais c’est après avoir touché le bâton de Bowen Byram et non celui de Jake Evans qu’elle a déjoué le gardien des Sabres.
Direction Caroline
Est-ce que Luukkonen qui a réalisé 22 arrêts – ne vous laissez pas tromper par ce petit nombre de tirs, car le gardien finlandais a gardé son club dans le match en première période – aurait stoppé le tir autrement anodin de Newhook si la rondelle n’avait pas dévié?
Peut-être! Mais ça ne compte plus une fois le match terminé. Surtout, ça ne change rien au fait que le Canadien met maintenant le cap sur la Caroline où l’attendent des Hurricanes bien reposés.
Des Hurricanes qui, après avoir éliminé les Sénateurs d’Ottawa et les Flyers de Philadelphie en quatre petites parties, représentent un adversaire redoutable.
Bien que le défi soit imposant, presque gigantesque, Alex Newhook qui a soulevé la coupe Stanley avec l’Avalanche du Colorado demeure confiant. Il croit même aux chances de son équipe de se rendre aux grands honneurs.
« Tous les éléments sont en place. Nous formons un club qui est difficile à affronter quand on joue comme nous en sommes capables. Nous avons beaucoup de profondeur. Nous sommes unis. Nous sommes enthousiastes et prêts à prolonger cette séquence. »
Le vétéran Phillip Danault, qui a vécu la finale de la coupe Stanley du Tricolore en 2021, partageait le même avis : «Tout est aligné. On a un excellent coach qui s’ajuste aux différentes situations et on a des joueurs qui s’ajustent à lui. On n’est pas les plus gros, mais nous sommes un club opportuniste. Qui sait prendre les moyens pour gagner. »
Une pensée pour sa mère
Parlant de l’entraîneur-chef, Martin St-Louis se réjouissait de plaisir qu’il partage avec ses joueurs. De l’expérience que ses joueurs acquièrent depuis 14 matchs.
« En séries et particulièrement dans un septième match, tu dois trouver des manières de gagner. On l’a fait encore ce soir. Les gars s’amusent. On profite d’une expérience extraordinaire. Je suis content pour eux que l’expérience continue. C’est dur à décrire tout ce qu’on vit là. On a beaucoup grandi au cours des dernières années. Tu ne peux pas grandir sans un plan. Et on l’a suivi ce plan. Tu as des jours meilleurs que d’autres. C’est normal. Mais le but c’est de tout faire pour gagner chaque nouvelle journée », a tenu à souligner St-Louis.
Après avoir serré la main de ses adjoints, des soigneurs et préposés à l’équipement croisés derrière le banc, Martin St-Louis est allé sur la patinoire. Pendant que ses joueurs fêtaient comme il se doit la victoire qu’Alex Newhook venait de confirmer, St-Louis a marché lentement en direction du filet que défendait le gardien des Sabres quelques minutes plus tôt.
Les mains dans les proches, la tête au ciel, Martin St-Louis savourait le moment. Eh non! Il ne s’est pas contenté de pousser un long soupir de soulagement.
« Je parlais à ma mère beaucoup durant la prolongation », m’a-t-il répondu. La voix nouée, les yeux humides, Martin St-Louis n’a pas eu besoin d’élaborer. Tout le monde venait de saisir l’ampleur de cette victoire sur le plan personnel.











