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Double jaune pour la FIA

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George Russell s’est imposé en Autriche, ce qui lui a permis de mettre la main sur sa deuxième victoire de la saison, sa première depuis le Grand Prix d’Australie qui ouvrait la saison 2026.

S’il n’y a pas grand-chose à dire sur sa course qu’il a menée du début à la fin, sa position de tête acquise la veille a certainement fait jaser davantage. Est-ce que son tour aurait dû être annulé en raison du drapeau jaune entourant la sortie de piste de Max Verstappen? Surtout, est-ce que la FIA a encore une fois fait une erreur qui a affecté le résultat de l’épreuve?

Un pilote qui n’est pas à blâmer

Revenons rapidement sur les faits. Lors de la séance de qualifications, Max Verstappen sort de piste lors de sa dernière tentative. Tout juste derrière lui, Kimi Antonelli arrive rapidement sur les lieux de l’incident. Le panneau lumineux commence à peine à clignoter en jaune lorsqu’il passe devant lui. Il voit la poussière du gravier et décide de ralentir et d’abandonner son tour. C’est la réaction à avoir dans une situation de double drapeau jaune.

Or, les commissaires ont plutôt opté pour un simple drapeau jaune, et non un double. George Russell, qui arrive par la suite, a le temps de bien voir le signal du panneau lumineux. Un simple drapeau jaune demande aux pilotes de lever le pied et de réduire légèrement sa vitesse, mais n’exige pas d’abandonner un tour lancé. Russell a fait ce que la situation l’exigeait. Il a levé le pied une centaine de mètres plus tôt en entrée de virage que lors de son tour rapide précédent. Sauf que l’écart qu’il s’était creusé dans les deux premiers secteurs était suffisant pour tout de même s’emparer de la position de tête. Après une courte enquête, les commissaires ont jugé qu’il avait assez ralenti pour respecter la règlementation.

Russell n’a donc pas grand-chose à se rapprocher. Plusieurs vont juger que même s’il a ralenti légèrement, sa vitesse demeurait trop élevée pour être sécuritaire dans le contexte d’un incident. Sauf qu’un pilote ne peut deviner ce qui se passe devant lui en piste et la gravité ou non d’une sortie de piste. Ce sont aux commissaires et à la direction de course de les avertir en cas de danger. Dans ce cas-ci, il a réagi conformément aux messages que les panneaux lumineux et les commissaires lui envoyaient. Pour moi, Russell n’a rien à se reprocher dans ce contexte.

La vraie question, c’est pourquoi la direction de course a décidé de n’employer qu’un simple drapeau jaune. Dans ce contexte, en séance de qualifications, il est plutôt d’usage d’avoir recours à un double jaune, voire même un drapeau rouge.

L’explication de la FIA, c’est qu’on a pris une quinzaine de secondes pour analyser le niveau de risque, Verstappen étant sortie de piste dans une grande zone de dégagement. Après une quinzaine de secondes, on a décidé d’utiliser le double jaune… alors que tout le monde avait terminé son tour rapide et que les deux Mercedes étaient déjà passé dans la zone à risque.

Au final, on a mis la sécurité de Verstappen en danger. Si un pilote aussi talentueux et expérimenté que le quadruple champion peut sortir de piste à cet endroit, un autre peut le faire. Si une voiture comme la Red Bull peut éprouver un ennui causant une sortie de piste, une autre peut connaitre un ennui similaire. Surtout en qualifications… la période du week-end pendant laquelle les pilotes poussent leur voiture le plus près de la limite possible.

Selon moi, mais surtout, selon plusieurs pilotes et membres des écuries, cette situation demandait le déploiement d’un double jaune. Antonelli s’en voulait après la séance, estimant qu’il avait fait une erreur en faisant une mauvaise lecture de la situation. Je crois qu’il est particulièrement sévère envers lui-même. Il n’a eu que très peu de temps pour lire la situation, et a réagi de façon logique à ce qui se passe habituellement. Ne pas abandonner son tour aurait très bien pu, si la FIA avait réagi plus rapidement et plus efficacement, mener à une pénalité.

Selon moi, l’erreur provient de la FIA. Une sortie de piste en qualifications devrait automatiquement nécessiter un double drapeau jaune. Ce qui s’est passé cette fin de semaine ouvre la porte à des enjeux de sécurité. Est-ce que les pilotes vont commencer à garder le pied au plancher (ou presque) lors d’une sortie de piste devant eux, espérant qu’on prenne encore trop de temps du côté des commissaires pour sortir le double jaune?

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par Mercedes, on voit Toto Wolff dire à Antonelli qu’il ne fera plus cette erreur deux fois… le message est lancé aux pilotes. Tant pis pour la sécurité!

Le fiasco de Monaco

Ceci étant dit, je veux bien que l’erreur soit humaine. La FIA a pris trop de temps pour analyser une situation, ça peut arriver. Après tout, des erreurs d’arbitrage, ça peut arriver dans tous les sports, non?

Certes… mais celle-ci survient quelques semaines après le fiasco des pénalités dans la ligne des puits à Monaco. Une autre erreur de la FIA qui encore une fois, est venue changer le résultat de l’épreuve.

Souvenez-vous, six pénalités ont été décernées à cinq pilotes différents pour avoir excédé la vitesse maximale dans la ligne des puits. Pierre Gasly a perdu sa place sur le podium, George Russell a été exclu des points.

Alpine a finalement fait appel de la décision, et a gagné sa cause. En simplifiant rapidement, Alpine a pu prouver que son pilote n’a pas excédé la limite de 60 kilomètres/heure, mais plutôt, que la méthode de calcul de la FIA provoquait ces erreurs. Gasly a retrouvé son podium… sauf que les autres pilotes pénalisés, eux, n’ont pas eu ce luxe, puisqu’ils ont dû purger leur pénalité pendant la course et qu’il est très difficile « d’effacer » une pénalité dans ce contexte. Ça explique notamment pourquoi plusieurs autres écuries n’ont pas fait appel de leur pénalité.

Ainsi, l’un des principaux acteurs pour le championnat des pilotes cette année, George Russell, a terminé une course importante hors des points en raison d’une méthode de calcul qui, aux aveux mêmes de la FIA, provoquait des résultats erronés.

Bref, deux fois en trois Grands Prix, les actions de l’organisme règlementaire sont venues chambouler le classement final.

On parle de l’un des plus grands circuits sportifs au monde. La Formule 1 mérite d’être règlementée avec des standards plus élevés.

Où est l’imputabilité?

Au final, la FIA doit faire preuve de davantage d’imputabilité. Un autre exemple ces dernières semaines concerne les résultats du système ADUO, qui procure à certains motoristes des opportunités pour améliorer leur groupe propulseur.

La FIA a utilisé les cinq premiers Grand Prix de la saison, jusqu’à celui du Canada, pour évoluer les performances des différents moteurs à combustion.

Or, la FIA n’a jamais dévoilé officiellement les résultats de cette évaluation. Ils ont été transmis aux écuries seulement.

Bien sûr, le travail journalistique de plusieurs médias a fait en sorte que le public a pu connaître les résultats. On sait maintenant que le moteur de référence selon la FIA est celui produit par Red Bull, en collaboration avec Ford. Un résultat pour le moins surprenant compte tenu des succès de Mercedes depuis le début de la saison.

Mais pourquoi la FIA n’a-t-elle pas publié officiellement ces résultats? Pourquoi ne pas en informer le public de façon claire et précise? Pourquoi ne pas expliquer, à tout de moins en partie, pourquoi le choix du moteur de référence s’est arrêté sur celui de Red Bull Powertrain?

Si la décision peut paraitre surprenante, la FIA se garde bien de devoir expliquer son processus, ou même d’en dévoiler clairement les résultats aux partisans. Et c’est dommage.

Tout ça survient d’ailleurs alors que la FIA annonçait la semaine dernière que la limite de douze ans à la présidence de l’organisme est désormais abolie. Ça ouvre la porte à un long mandat de Mohammed Ben Sulayem à la tête de la FIA. Le président a été élu sans opposition l’an dernier pour son deuxième mandat.

Voilà pour l’imputabilité.