COLLABORATION SPÉCIALE
Ce soir, le vendredi le 23 janvier, c’est du Meta Apex Center de Las Vegas, le quartier général de l’UFC, qu’a lieu le lancement officiel de Zuffa Boxing, piloté par le tsar de l’UFC, Dana White. C’est sur la chaîne de diffusion numérique Paramount+ que les huit combats à l’affiche seront présentés, dont le duel principal opposant le jeune Irlandais invaincu de 24 ans Callum Walsh (15-0-0, 11 K.-O.) au Mexicain de 30 ans Carlos Ocampo (38-3-0, 26 K.-O.)
White a des ambitions pantagruéliques pour son nouveau bébé si bien que cette semaine, en conférence de presse, quand on lui a demandé s’il était en mesure de compétitionner avec les grands promoteurs de boxe établis, sa réponse a été : « Nous n’avons pas l’intention d’être compétitifs mais bien de complètement écraser toute opposition. »
Une véritable déclaration de guerre économique qui est à la mode depuis un an chez l’oncle Don. Ce n’est pourtant pas en analysant ce premier gala de Zuffa que la compétition peut trembler de frayeur. Callum Walsh est un bon boxeur mais je serais surpris qu’il devienne une star de la boxe. À sa dernière sortie au Allegiant contre Fernando Vargas fils, le 13 septembre dernier, en demi-finale de Crawford/Alvarez, il a apporté plus de questions que de réponses sur sa valeur potentielle, malgré une victoire par décision unanime. Disons que pendant le combat la foule a démontré plus d’enthousiasme en admirant le jeu de pieds des round girls que celui des pugilistes.
Ocampo lui, qu’on a vu au Colisée Vidéotron de Trois-Rivières, en mars 2022, a signé une victoire contre la vedette locale Mikael Zewski, mais n’a jamais démontré l’étoffe de champion chaque fois qu’il en aurait eu l’occasion. De ses trois défaites, il en a subi deux par K.-O. au premier round et l’autre par décision unanime.
On nous présente donc une finale qui est à des lieux des promesses anticipées par une organisation financée à la hauteur de 10 millions par année pas l’Arabie saoudite et qui bénéficie de l’appui d’un géant, Paramount, qui vient d’allonger la somme de 7,7 milliards pour sept ans à l’UFC, le cousin de Zuffa.
Il faut toutefois regarder au-delà de ce lever de rideau pour comprendre la nature de cette organisation. Il y a, plus particulièrement, deux facteurs importants qui solidifient les visées de White.
Le premier est l’étonnante annonce de la mise sous contrat de la grande vedette du pays des kangourous et terreur chez les lourds légers Jai Opetaia (29-0-0, 23 K.-O.), champion IBF qui ambitionne d’unifier les titres. De plus Zuffa serait en négociation pour mettre sous contrat le champion unifié des lourds, Oleksandr Usyk (24-0-0, 15 K.-O.).
Cette orientation de Zuffa a créé une onde de choc majeure dans l’industrie parce que la perception première était que White allait bâtir ses propres vedettes à travers les galas de son Organisation de Boxe Unifié (UBO). On sait que le « Muhammad Ali Act » a été amendé, ce mois-ci, pour permettre à des UBO, tel que Zuffa, de déclarer leurs propres champions, un seul par division de poids, comme dans l’UFC. Dans certains cas spéciaux des titres intérimaires pourront être octroyés.
Le prochain promoteur qui va éventuellement se déclarer UBO est MVP, qui va éventuellement décerner des titres pour ses filles, qui combattront toutes sur des durées de 3 minutes.
Dans cette voie (UBO), il aurait fallu beaucoup de temps à Zuffa pour développer des vedettes au niveau des promoteurs actuels. La mise sous contrat d’Opetaia et potentiellement celle d’Usyk confirme la détermination de ce nouveau venu à prendre les raccourcis requis pour s’imposer. Un peu comme quand la WHL est arrivée et a mis sous contrat Bobby Hull et Gordie Howe ou LIV qui a arraché Dustin Johnson et Phil Mickelson à la PGA.
Cette tournure indique le contraire des prétentions premières qui voulaient que les boxeurs de Zuffa ne combattrait pas pour des titres mondiaux des associations historiques (WBC, WBA, IBF, WBO) ni contre des boxeurs appartenant à d’autres promoteurs. Les seules ceintures convoitées par les boxeurs de Zuffa devaient être celles de Zuffa et de Ring Magazine.
En ce sens, la mise sous contrat d’Opetaia change la donne et promet d’accélérer la croissance de Zuffa.
Le deuxième facteur est la fragilité apparente des grands promoteurs traditionnels incapables de remplacer les diffuseurs classiques, Showtime, HBO, ESPN, Fox, ABC, CBS et autres, qui ont tous disparu comme l’arche de Noé.
Les promoteurs qui dominaient complètement la scène mondiale il y a seulement 10 ans semblent être en perdition.
Don King n’a plus la santé pour continuer et il n’a jamais développé de relève dans son organisation. Main Event, de Katy Duva, a été incapable de poursuivre la parade. Depuis 2020 elle n’a été impliquée que dans deux évènements.
Top Rank, de Bob Arum, possède la plus grande feuille de route de l’histoire de la boxe ainsi que la plus prestigieuse et la plus complète des vidéothèques de l’industrie. Top Rank est dirigé par une équipe d’experts dont la majorité a été intronisée au Temple international de la boxe. Malgré ça Arum n’a pas été capable de trouver un partenaire pour remplacer ESPN, son diffuseur depuis huit ans. On est sans présentateur télé depuis six mois maintenant. Après avoir conservé une cadence de plus de 25 galas par année, il n’y a rien à l’horaire pour le vétéran de 94 ans au-delà du 31 janvier 2026.
Oscar De La Hoya de Golden Boy, qui semblait bien en selle avec DAZN récemment, peine à renouveler son entente expirée depuis décembre. La poursuite judiciaire que vient de lui intenter sa principale tête d’affiche, Virgil Ortiz, n’annonce rien de bon non plus.
Et Premier Boxing Champions d’Al Haymon, qui a déjà été le requin dans l’étang, n’obtient qu’un support limité par Amazon pour des évènements de télévision à la carte.
Ainsi Zuffa a choisi le meilleur moment pour annoncer ses couleurs. Il arrive avec force et panache dans une industrie qui a perdu de ses repères.
Le promoteur qui se dresse comme le principal adversaire à Zuffa est Eddie Hearn de Matchroom, qui a des assises solides avec les dirigeants de DAZN ainsi que de nombreuses vedettes dans son essaim. Il vient de se proclamer, mi-figue mi-raisin, comme le plus grand promoteur de boxe de la planète et a hâte d’en découdre avec White.
J’ai l’impression que nous sommes à l’aube d’une confrontation titanesque Hearn/White qui risque d’être aussi haute en couleur que celle qui a duré plusieurs décennies entre Don King et Bob Arum. Les deux sont intelligents, articulés, riches et ont des égos démesurés, aussi grands que l’Oratoire St-Joseph.
Alors ce vendredi à compter de 21 h, c’est Zuffa I : Walsh/Ocampo. Zuffa II aura lieu au même endroit le dimanche 1er février avec en combat principal Jose Valenzuela contre Diego Torres et le samedi 14 février Zuffa III met aux prises les poids lourds Efe Ajagba contre Charles Martin. Rien pour écrire à sa mère que vous direz, mais on nous réserve probablement d’autres surprises.
Pendant cette même période, Eddie Hearn présente six programmes importants. D’abord à Las Vegas le 24 janvier, combat de championnat IBF entre Andy Cruz et Raymond Muratalla. Au Madison Square Garden de New York le 31 janvier, c’est le combat très attendu pour le titre WBO des super-légers : Teofimo Lopez contre Shakur Stevenson. À Newcastle, au Royaume-Uni, le même jour, il présente Bakham Murtazaliev et Josh Kelly pour l’IBF des 140 livres. Le 6 février à Guadalajara, au Mexique, c’est pour le WBO des coqs entre Christian Medina Jimenez et Adrian Curiel. Le 21 février à Nottingham, en Angleterre, c’est Leigh Wood contre Josh Warrington. Puis le 28 février à Glendale, en Arizona, il y a l’unification IBF/WBO entre Emanuel Navarrete et Eduardo Nunez.
Avec six titres mondiaux en six évènements, Hearn est dans une classe à part et possède de nombreuses longueurs d’avance sur son adversaire, pour le moment. Cependant White ne fait que commencer, ses ressources sont illimitées. Il a fait ses preuves en tenant les rênes de la plus riche organisation de l’histoire des sports de combat alors que la valeur estimée de l’UFC serait de 23 milliards. Par comparaison en boxe, c’est Matchroom qui a la plus grande valeur estimée qui se situe autour de 1,5 milliard.
Il sera très intéressant de suivre la progression de Zuffa dans les prochaines années, mais sa structure comme son financement sont solides, ses leaders aussi agressifs qu’expérimentés. C’est Bob Arum qui disait détester Don King viscéralement, sauf le jour du dépôt à la banque des recettes d’un évènement réalisé ensemble. Peut-être que White et Hearn éprouveront ce sentiment un jour.
EN RAFALE :
- Impressionnant l’Allemand Agit Kabayel (27-0-0, 19 K.-O.) qui terrasse le polonais Damian Knyba (17-1-0, 11 K.-O.) en trois petits rounds et défend avec succès son titre WBC intérimaire des lourds pour la deuxième fois, le 10 janvier dernier, devant 20 000 spectateurs au Rudolf Weber Arena en Allemagne.
- Dans ce pays on n’avait pas vu un amphithéâtre de cette envergure à guichet fermé depuis les belles années des frères Klitschko entre les années 2000 à 2015.
- Pour le favori local, c’était sa 6e victoire consécutive par K.-O. Cette série inclut des victoires impressionnantes sur les aspirants mondiaux Arslanbek Makhmudov (4e), Frank Sanchez (7e) et Zhilei Zhang (6e).
- Évidemment il vise Oleksandr Usyk, mais c’est contre le champion WBO intérimaire Fabio Wardley (20-0-1, 19 K.-O.) qu’on verrait le plus grand feu d’artifices! Un vrai « Ban Burner » comme on dit chez nos voisins du sud.
- L’IBF est la seule association qui a une règle officielle pour les championnes boxeuses qui sont enceintes. La règle dit que si une championne attend un enfant, elle a droit à une période de neuf mois pour défendre son titre contre l’aspirante obligatoire après avoir accouché. C’est cette clause qu’a invoqué Kim Clavel et qui lui a été accordée par l’IBF. Elle pourrait mettre au monde son bébé vers le 22 juin et si tout va bien elle souhaite remonter sur le ring avant la fin de l’année. Ses objectifs sont de défendre contre l’aspirante obligatoire puis d’unifier contre Yokasta Valle.
Bonne boxe.






