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« Quelque chose de gros s’en vient »

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L’entrée en scène du géant qui a popularisé les arts martiaux mixtes à travers la planète pourrait marquer un tournant dans le monde de la boxe en 2026. À compter de vendredi, Zuffa Boxing organisera le premier d’une série de galas qui ont pour ambition de bouleverser l’ordre établi. L’UFC désire tout simplement reproduire la recette de son succès au pugilat.

Ce changement de paradigme représente évidemment un monde d’opportunités pour de nombreux intervenants du monde de la boxe qui cherchent à y faire leur place. C’est le pari qu’a ainsi pris l’entraîneur québécois Jessy Ross Thompson il y a deux ans en déménageant sa famille sur la côte ouest de la Floride, pour y vivre, à sa manière, le rêve américain. Récit.

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Entraîneur de Simon Kean et Jan-Michael Poulin, en autres, quand il était au Québec, Coach Thompson a vite compris qu’il aurait besoin d’un miracle pour vivre de son sport ici. À l’exception de Stéphan Larouche et Marc Ramsay, rares sont ceux qui sont parvenus ces vingt-cinq dernières années à se hisser au sommet et pouvoir ensuite en faire une carrière.

Jessy Ross Thompson et Jan Michael Poulin

Encouragé par son mentor Russ Anber – son entraîneur quand il était boxeur dans les rangs amateurs –, il a mis le cap sur « The Sunshine State » avec l’objectif clair d’être entraîneur et non pas un adjoint. Mais les choses ont toutefois mis un peu de temps avant de débloquer.

« Ç’a été très difficile la première année », a avoué Thompson pendant un long entretien téléphonique avec RDS.ca il y a quelques semaines, précisant qu’il avait d’abord emménagé dans une roulotte en compagnie de sa femme ainsi que de leurs trois enfants.

Thompson avait beau avoir travaillé avec les anciens champions du monde Lucian Bute et David Lemieux dans le passé, reste qu’il en fallait plus pour gagner la confiance d’athlètes et leur entourage afin qu’ils acceptent de confier la destinée de leur carrière au trentenaire.

C’est ainsi que chaque fin de semaine de sa première année aux États-Unis, Thompson s’est présenté aux pesées des galas organisés en Floride pour offrir ses services de cutman. C’était à ses yeux le meilleur moyen pour se forger une forte réputation auprès de ses pairs.

« J’allais dans chaque gala et j’offrais mes services. J’ai été dans 90 coins la 1re année, a mentionné Thomson. J’ai eu la chance de travailler sur de gros galas et me faire connaître. »

Jessy Ross Thompson

À partir du moment où son nom s’est mis positivement à circuler, Thompson s’est attelé, en compagnie du gérant Ryan Rickey, à se constituer une petite équipe de jeunes boxeurs. Ils sont aujourd’hui un peu plus d’une trentaine à s’exercer sous la supervision de son équipe.

Visiblement inspiré par la structure implantée par Ramsay à Montréal, il juge qu’il offre un environnement plus qu’idéal où les pugilistes peuvent s’épanouir et également progresser.

« Dans l’ensemble, c’est assez désorganisé aux États-Unis, a fait remarquer Thompson. C’est rare qu’il y ait des équipes comme la mienne. Il y a trois entraîneurs qui travaillent avec moi et qui organisent tous les sparrings en mon absence si je dois voyager à l’extérieur.

« Les boxeurs sont plus efficaces que s’ils étaient à la maison. Il n’y a pas de distractions. Il n’y a pas les enfants, les activités ou le besoin d’aller travailler. Avec deux entraînements par jour, ils n’ont pas le temps pour autre chose. Chaque boxeur a un background différent, un cheminement qui lui est propre. C’est fondamental de s’adapter à toutes les situations. »

Au-delà des enseignements que Thompson peut prodiguer à ses boxeurs, c’est d’abord et avant tout l’environnement dans lequel ils baignent qui est apparemment le plus important.

« Lorsqu’un boxeur comme Avery (Martin Duval, un de ses anciens protégés avec qui il a gardé le contact, NDLR) vient sparrer ici, il sait que ce ne sont pas les prospects dans sa catégorie de poids qui manqueront, explique-t-il. La Floride, Las Vegas et la Californie sont vraiment des endroits prisés. Des boxeurs de partout dans le monde viennent s’établir ici. »

Jessy Ross Thompson

Avec l’entrée en scène de Zuffa dans le monde de la boxe, il y a présentement une forme d’effervescence chez les intervenants. Peu de détails ont jusqu’à maintenant filtré, mais cette nouvelle entité entend avoir ses propres classements et champions et tournera le dos aux organismes de sanction qui ont la main mise sur le sport depuis pratiquement toujours.

Personne ne peut encore prédire comment les promoteurs historiques restants comme Top Rank, Golden Boy Matchroom et Queensberry réagiront, mais Thompson a déjà son idée.

« Quelque chose de gros s’en vient », a prédit l’homme âgé de 34 ans.

« D’ici trois à cinq ans [Zuffa] va prendre le contrôle du monde de la boxe, a-t-il continué. Un modèle semblable à celui de l’UFC sera implanté et les anciens promoteurs n’auront pas le choix de se regrouper pour créer quelque chose d’intéressant. C’est vraiment un plan intéressant pour le monde de la boxe. C’est un sport difficile et les athlètes ne savent jamais quand ils vont boxer. C’est également un sport où il y a beaucoup trop de politique. »

Thompson est par ailleurs d’avis que l’arrivée de Zuffa sera avantageuse pour les amateurs.

« Les fans vont être récompensés : les meilleurs vont affronter les meilleurs, a-t-il précisé. C’est d’ailleurs un point que je n’ai jamais aimé dans la boxe. Les boxeurs étaient souvent protégés et les champions choisissaient leurs adversaires. Ils étaient très rarement testés.

« À l’UFC, le modèle est clair. Un combattant avec huit défaites peut être continuellement rappelé s’il offre un bon produit dans l’octogone. À quoi bon monter un boxeur jusqu’à 21-0 et le voir perdre à son premier combat significatif parce qu’il n’est pas du tout au niveau? »

Jessy Ross Thompson, Russ Anber et Matt Casavant

Deux ans après son saut dans le vide, Thompson aura la chance de montrer le fruit de son labeur lors d’un gala organisé par Top Rank et Matchroom, le 31 janvier, au Madison Square Garden de New York. Deux de ses protégés, Maxime Vaz et Oswaldo Jesús Molina Jiménez se battront en sous-carte du gala mettant en vedette Teofimo Lopez et Shakur Stevenson.

Malgré son enthousiasme débordant, Thompson ne sait toujours pas s’il pourra aller au bout de ses rêves. En plein processus pour l’obtention de sa carte verte, il pourrait être malheureusement forcé de rentrer au pays si les autorités américaines en décidaient ainsi.

« Je n’ai pas de formation. Je ne peux pas dire que je suis allé à l’université de la boxe. C’est difficile de prouver que je suis quelqu’un de crédible, a-t-il déploré. Il y a des gens qui doivent écrire des lettres pour moi. Bute, Jean Pascal et Otis Grant l’ont notamment fait… »

Thompson a toujours rêvé à la vie qu’il se dessine devant lui. Mais il ne peut pas s’empêcher de penser au fait que tout cela pourrait s’arrêter, tandis qu’il est si près du but.