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Une championne formée dans l’adversité

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S’il faut tout un village pour élever un enfant, il faut assurément toute une équipe derrière un boxeur ou une boxeuse pour l’aider à réaliser son rêve de devenir champion du monde.

Ce n’est donc pas un hasard si Caroline Veyre était entourée de son entraîneur Samuel Décarie-Drolet et de sa gérante Katia Banel pour revenir sur sa conquête du titre des poids super-plumes du WBC à la suite de sa victoire sur Delfine Persoon obtenue mardi dernier.

Devant eux, était également étalée chacune des ceintures que la Montréalaise d’origine française a remportées depuis le début de son association avec Décarie-Drolet à la fin de 2024, alors qu’elle revenait d’un revers subi au Mexique et sans promoteur pour la soutenir.

Quatre ceintures qui ont été obtenues après vingt ans de travail acharné. Vingt ans parsemés d’embûches – jusqu’à quelques jours avant son dernier combat –, mais qui ont été surmontés grâce à une équipe dont elle est évidemment extrêmement reconnaissante.

« Pour moi, ce combat-là, ça reflète carrément tout mon parcours qui n’a jamais été facile, a mentionné Veyre au cours d’un point de presse intime organisé dans un bar sportif situé sur la Promenade Ontario dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

« Je n’ai jamais abandonné. J’ai toujours continué à persévérer. Gagner contre une grande boxeuse que je n’ai pas eu peur d’affronter... j’y suis allée quand même. C’était un gros défi. Je croyais en moi et j’ai cru en moi jusqu’au bout... C’est ce qui fait la beauté de la chose! »

« C’est vrai que le parcours a été très sinueux, parce qu’il y a eu des hauts et des bas. Mais c’est beaucoup plus facile quand tu as une excellente athlète, a continué Banel. Et je n’ai jamais douté de Caroline, parce que j’ai toujours vu et surtout cru à son immense potentiel.

« Je n’ai jamais douté qu’il y avait des possibilités, mais ce qui nous a rendu le plus triste, c’est que ces possibilités étaient à l’extérieur. C’est ce qui a été le plus difficile : de réaliser que nous ne trouverions pas de maison au Québec et qu’il fallait partir. Caroline aurait très certainement aimé continuer à se battre au Québec et devenir championne du monde ici. »

Promise à un bel avenir après sa participation aux Jeux olympiques de Paris en 2024, Veyre a lancé sa carrière chez les professionnelles avec Groupe Yvon Michel. Sauf qu’après avoir remporté ses sept premiers combats, Banel sentait que sa protégée faisait du surplace et s’en est suivi un divorce acrimonieux et médiatisé avec son promoteur, qui ne cautionnait d’ailleurs pas la fin de l’association entre la boxeuse et son entraîneuse Danielle Bouchard.

Mais ce changement s’est d’abord avéré un fiasco, puisque sa courte expérience aux côtés du réputé Kay Koroma a résulté en une défaite à l’occasion d’un duel disputé en septembre 2024 au Mexique. Cela dit, cet accro a été un mal pour un bien, étant donné qu’il a mené au début du partenariat avec Décarie-Drolet et à un contrat avec le promoteur américain Salita Promotions, celui-là même qui gère la carrière de la grande championne Claressa Shields.

Revigorée, Veyre a ensuite franchi chacun des obstacles qui se sont dressés devant elle, le dernier en lice étant Persoon, une ancienne championne des légères, qui a croisé le fer avec plusieurs des plus grandes de sa génération, dont Katie Taylor et Alycia Baumgardner.

« Depuis une semaine, de nombreuses personnes me demandent si je réalise que je suis championne, mais je pense que c’est vraiment aujourd’hui, maintenant que je le réalise », a-t-elle avoué. Je suis super émue. Le fait de l’avoir gagné contre Persoon, c’est gros pour moi. »

« Persoon, c’est un peu la Bernard Hopkins de la boxe féminine, a ajouté Décarie-Drolet. C’est une fille qui est capable de jouer une “game” mentale, capable de jouer salaud... mais c’est aussi une grande championne, qui n’a pas perdu de combat entre 2010 et 2019. C’était toute une commande que Caroline avait devant elle. Mais j’avais confiance en elle. »

Et pour ajouter au degré de difficulté, environ dix jours avant qu’elle ne monte dans le ring, Veyre s’est complètement barré le dos pendant un combat d’entraînement. Un mal qui ne l’a pas importuné en raison du travail de son physiothérapeute Hugo Lettre, qui l’a d’ailleurs accompagné à Grand Rapids afin de s’assurer que tout soit au beau fixe jusqu’au combat.

Et une fois dans l’arène, elle n’était pas nécessairement rendue au bout de ses peines, étant donné qu’elle s’est retrouvée dans un choc extrêmement demandant physiquement.

« Mon plus grand défi, ç’a été de rester concentrée, a expliqué Veyre. Je voyais les tactiques qu’elle essayait d’utiliser. Elle avait vraiment toute son expérience derrière elle. À plusieurs reprises, j’aurais pu perdre le contrôle, perdre la tête. J’ai reçu beaucoup de coups derrière la tête et beaucoup de coups de tête. Il a fallu que je reste dans le combat malgré tout ça.

« Je pense que c’est vraiment de ça dont je suis le plus fière, parce que je sentais que plus le combat avançait, plus elle se frustrait. J’ai vraiment senti qu’elle essayait de crinquer la foule pour l’avoir de son côté. Pour tout simplement essayer de jouer dans ma tête. Je suis restée droite dans mes bottes jusqu’au bout. J’aurais très bien pu craquer sous sa pression.

« C’était la première fois que j’étais dans un combat compliqué comme ça. À un moment donné, soit tu réagis, soit tu mets ta santé en danger. Il a donc fallu que je réagisse à cela. »

À ce sujet, Veyre a tenu à souligner la contribution de l’homme de coin Shawn Collinson, qui a lui suggéré d’attaquer avec un direct de la main droite, plutôt que de s’acharner à travailler en combinaisons comme à l’entraînement. Un ajustement qui a fait la différence.

Un ajustement qui est peut-être finalement une métaphore de son parcours qui a été marqué par l’adversité. Ne jamais hésiter à dévier du plan initial quand la situation le commande. « Parfois, ça prend des risques pour réussir », a tout simplement conclu Veyre.