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Caroline Veyre à la recherche d’un « statement »

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Caroline Veyre et Delfine Persoon (Photo tirée d'Instagram)

Au cours de sa longue carrière en boxe amateur qui l’a menée jusqu’aux Jeux olympiques de Tokyo, Caroline Veyre a affronté plusieurs athlètes – Katie Taylor, Mikaela Mayer et Beatriz Ferreira – qui sont par la suite devenues championnes du monde chez les professionnelles.

Près de trois ans et demi après son passage dans les rangs payants, Veyre aura l’occasion de les imiter, ce soir à Grand Rapids, au Michigan, alors qu’elle croisera le fer avec la Belge Delfine Persoon dans un choc pour la ceinture vacante des poids super-plumes du WBC.

Une chance que la Québécoise âgée de 37 ans imaginait survenir beaucoup plus tôt dans son parcours, mais avec le recul, elle juge que l’attente en valait sans aucun doute la peine.

« Ça arrive au bon moment. Au début de ma carrière, j’ai eu beaucoup de difficulté à faire la transition entre les amatrices et les professionnelles, a mentionné Veyre lors d’un entretien téléphonique avec RDS.ca, la semaine dernière, avant son départ pour la ville de Floyd Mayweather fils. Ayant fait quinze ans de boxe amateur, je devais casser tous mes patterns.

« En boxe amateur, il faut sortir de l’action pour éviter de se faire toucher, tandis qu’en boxe professionnelle, il faut rester dans l’action. C’est le grand changement que j’ai été capable d’opérer dans la dernière année. J’ai réussi à adapter mon style à la boxe professionnelle. »

Il est important de rappeler qu’après un début de carrière sans anicroche pour la boxeuse qui avait participé aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021, Veyre a heurté un obstacle. Après une séparation médiatisée avec son promoteur Groupe Yvon Michel et de son entraîneuse Danielle Bouchard à la suite de son septième combat, sa très brève expérience aux côtés de Kay Koroma a tourné au fiasco, car elle a subi la défaite en septembre 2024 au Mexique.

Sans pratiquement rien devant elle, Veyre s’est ensuite retrouvée dans le gymnase où Leïla Beaudoin s’entraînait, lui servant notamment de partenaire d’entraînement. Elle a tellement bien fait, que Veyre a convaincu son entraîneur Samuel Décarie-Drolet de la prendre sous son aile. L’affrontement de ce soir sera leur quatrième depuis le début de leur association.

« J’ai vraiment senti une bonne progression avec ma nouvelle équipe, a expliqué Veyre. En Samuel ainsi que mon préparateur physique Pierre-Marie Toussaint, j’ai trouvé les bonnes personnes qui fittaient avec moi. J’ai pu mettre tous leurs enseignements en application. »

Elle note cependant que son dernier combat contre Licia Boudersa a marqué un important tournant dans sa carrière. Elle se sent maintenant en mesure de relever n’importe quel défi.

« Je m’attendais à un bon défi, étant donné que c’était un autre style par rapport à ce que j’étais habitué, mais elle m’a quand même surprise, a dit Veyre au sujet de la Française qu’elle a vaincue par décision unanime des (99-91, 99-91 et 98-92) juges en juillet dernier. »

« Mais je me suis adaptée, a-t-elle ajouté. Mes trois combats avec Samuel – et en particulier celui-là – m’ont donné confiance. J’ai acquis plusieurs outils et je vais pouvoir les utiliser. »

Cela dit, Persoon sera sans l’ombre d’un doute la boxeuse la plus aguerrie avec qui Veyre aura croisé le fer depuis ses débuts chez les professionnelles. La pugiliste âgée de 41 ans a notamment été championne du monde chez les légères pendant de 5 ans sans interruption de 2014 à 2019. Elle a surtout affronté pratiquement toutes les meilleures de sa génération.

« C’est une boxeuse qui a marqué la boxe féminine. Elle s’est mesurée deux fois à Taylor, a rappelé Veyre. C’est une boxeuse qui met une pression constante et qui attaque sans cesse. C’est également une boxeuse avec une très longue portée et un style non orthodoxe.

« C’est donc une très bonne boxeuse, mais j’ai pour ma part un important bagage avec les Jeux olympiques. Je sais m’adapter à toutes les situations en raison de tous les outils que je possède. Battre une fille de la trempe de Delphine, ça signifierait un véritable “statement”.

« Nous sommes du même niveau, même si je n’ai pas vécu l’expérience d’un championnat du monde. Je ne m’attends pas à un combat parfait, mais à rester disciplinée quand le combat deviendra plus difficile et à avoir des solutions à chaque problème qui surviendra. »

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Emma Congora – une Française qui avait donné du fil à retorde à Veyre en début de carrière – lui a servi de partenaire d’entraînement. Zachary Loiseau a également été mis à contribution pour reproduire fidèlement le style de Persoon.

« Chaque round d’entraînement et chaque exercice avaient un objectif précis, a conclu Veyre. À ce niveau, chaque détail compte. La marge est fine entre la victoire et la défaite. »

Comme n’importe qui, Veyre a été tentée de court-circuiter les étapes, mais une défaite et deux changements d’entourage lui ont fait comprendre qu’il y avait parfois des avantages à prendre son temps, même s’il toujours un peu compté. Chose certaine, le pas de recul qu’elle a pris fait en sorte qu’elle pourrait difficilement être mieux préparée qu’elle ne l’est.