Boxe

Le combat d’une carrière

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Après des années à réclamer un combat contre Saúl « Canelo » Álvarez – accessoirement le boxeur le plus populaire de la planète ainsi que l’un des champions les plus prolifiques de sa génération – Christian Mbilli a précisément obtenu ce qu’il souhaitait. Les deux bagarreurs en découdront d’ailleurs le 12 septembre prochain à Riyad, en Arabie saoudite.

Mais depuis qu’il a apposé sa signature au bas du contrat qui officialisait sa rencontre au sommet avec « Canelo », une sorte de vertige s’est emparé de Mbilli, qui s’apprête à relever un défi qui n’a absolument aucune commune mesure avec tout ce qu’il a vécu auparavant.

Le Français d’origine camerounaise a même eu droit à un avant-goût de ce qui l’attend, il y a un peu plus d’une semaine, à l’occasion du premier face-à-face entre les deux adversaires qui a été organisé à l’ombre des pyramides et sous le regard du Sphinx de Gizeh, en Égypte.

« C’était un gros moment, un très, très gros moment que j’ai vécu dans ma carrière, a avoué Mbilli, lundi en fin d’après-midi, en marge d’un entraînement public fort couru organisé au Casino de Montréal. J’ai été très chanceux, privilégié de vivre ça, même si je pense que c’est un peu le résultat de mon travail. J’étais impressionné, je regardais et j’analysais, mais en même temps, je ne voulais pas trop, trop paraître impressionné par tous ces événements...

« Parce que j’ai un grand rendez-vous qui m’attend. Même si j’avais une légende en face de moi, je me forçais à ne pas paraître impressionné, mais c’est sûr que c’était un événement grandiose. J’ai un très, très grand respect pour tout ce que “Canelo” a accompli dans sa carrière... mais je viens pour le battre et pour garder ma ceinture de champion du monde. »

Cela dit, l’athlète âgé de 31 ans n’a pas senti un seul instant qu’il n’était pas à sa place pendant sa virée sur la rive ouest du Nil où Terence Crawford, Anthony Joshua et Oleksandr Usyk – pour ne nommer que ces trois individus-là – étaient également notamment présents.

« Mes résultats sportifs parlent [d’eux-mêmes]. J’ai fait de gros combats sur ESPN, sur Netflix qui ont diffusés dans le monde entier, a rappelé Mbilli. Et je tiens à souligner le travail remarquable de ma promotion, le travail remarquable de Camille Estephan, qui a su me promouvoir, me vendre à l’international. Je pense que c’est la combinaison de ces deux facteurs qui a fait en sorte qu’on a pu vendre ce combat à l’Arabie saoudite et à “Canelo”, comme quoi je suis un adversaire légitime qui peut faire un très combat devant le public. »

« Nous avons vécu les étapes une à la fois avant d’en arriver là, a ajouté son entraîneur Marc Ramsay. Nous n’avons pas eu à sauter trop de marches pour obtenir ce genre de défi là. Christian a connu les grandes foules à Vegas ou bien les combats qui ont été compliqués. »

Fait intéressant à noter, Mbilli et Álvarez se présenteront dans l’arène – comme si c’était possible – avec un certain nombre de choses à prouver avec l’idée bien arrêtée de dissiper certains doutes qui ont pu s’installer à la suite de leur dernière sortie en septembre dernier.

D’abord, Mbilli, qui n’a jamais affronté un rival possédant le palmarès de « Canelo », revient d’un verdict nul partagé contre Léster Martínez, tandis qu’Álvarez a subi sa troisième défaite en carrière face à Terence Crawford et des observateurs croient que son déclin est amorcé.

« J’ai appris de mes erreurs, a assuré Mbilli. J’ai pu analyser un petit peu mon dernier grand événement en sous-carte de “Canelo”-Crawford et j’en ai déjà parlé avec mon équipe et on va s’asseoir avant le duel pour éviter de commettre les erreurs qu’on a faites par le passé. »

« Combien de boxeurs ont une vraie chance de battre “Canelo” en ce moment dans la division? Le chiffre est très bas, a affirmé Ramsay. Nous pouvons argumenter sur le fait qu’il a ralenti ou pas, mais souvent, les ralentissements, c’est périodique. Il y a des fois un six mois où ça va moins bien, mais après ça, il y a un plateau plus positif. Est-ce que c’est le même qu’il y a une couple d’années? Peut-être pas, mais je me dois de préparer Christian pour le meilleur “Canelo” possible. Il n’y a simplement pas d’autre philosophie possible.

Paradoxalement, Mbilli a travaillé toute sa vie pour en arriver là, mais d’un autre côté, il sait pertinemment que c’est le résultat de sa rixe contre Alvarez qui risque de définir sa carrière.

« C’est un “game changer”, une vie qui bascule. De battre une légende comme “Canelo”, déjà, ça va me permettre d’entrer dans la légende de la boxe à l’international et marquer mon nom au fer rouge. Toutes les générations vont s’en rappeler si je…, a mentionné Mbilli avant de spontanément se corriger. Quand je vais gagner le combat contre “Canelo”. »

« Le jour où Christian va sentir qu’il n’est pas en mesure de relever des défis, de ce que je connais de lui, il va se tasser de la scène de la boxe, a conclu Ramsay. Ce n’est pas un gars qui va prendre des combats pour des cachets. C’est un gars qui veut relever des défis. »