Ça doit être une règle non écrite, ou peut-être une vieille charte poussiéreuse et perdue, ou encore un commandement qu'on a oublié de graver dans la pierre mais qui doit, en gros, dire : « Pour chaque belle minute d'une Coupe du monde, tu dois en subir deux à pleurer… ».
Quelque chose à voir, sans doute, avec le concept de pénitence. Ou de regarder 64 matchs de soccer au mois de juin…
C'est à ça qu'on pensait, en tout cas, au beau milieu de la deuxième mi-temps d'Allemagne-Ghana, allumée, folle, après 45 minutes pas trop sexy et surtout après un Argentine-Iran presque désespérant.
Pénitence. Ça doit être ça… Pour l'Argentine, de devoir subir 90 minutes franchement atroces avant d'être une nouvelle fois sauvée par Messi. Pour l'Allemagne de subir un bon petit retour sur terre et d'assurer un point important après avoir été un peu suffisante et pas très imaginative…
Allemagne-Ghana, donc. Une première mi-temps par à-coups, deux équipes qui cherchent à limiter les possibilités de l'adversaire et par là même se retiennent d'attaquer en nombre. Le Ghana, très bien organisé derrière, occupe complètement les lignes de communication entre Özil, Müller et Götze. Et comme le soutien, derrière eux, tarde à venir, l'Allemagne peine à mettre en place son système offensif.
En plus, Joachim Löw fait des choix bizarres. Les deux latéraux utilisés au départ (Boateng et Höwedes) sont plus généralement des défenseurs centraux. Un vrai latéral, comme Lahm, est utilisé devant la défense. D'accord, Guardiola l'a fait durant la saison. Ça ne veut pas dire qu'il faille copier tout ce qu'il fait… D'ailleurs, dans ce rôle, Lahm a perdu un nombre important de ballons, dont celui qui permet le deuxième but ghanéen. Pour en revenir aux « faux latéraux », ils n'ont presque jamais osé monter en première mi-temps, limitant les options d'attaque de l'Allemagne. Le Ghana, lui, est plus direct, parfois brouillon, mais s'offre tout de même deux belles frappes arrêtées par Neuer.
La deuxième mi-temps, c'est du plaisir. D'abord parce que l'Allemagne marque vite. Une formidable ouverture de Müller, Götze qui prend parfaitement l'espace ente les deux défenseurs et marque d'un enchaînement tête-genou un peu bizarre mais efficace. Et parce que le Ghana égalise aussitôt. Une autre magnifique ouverture et une brillante reprise de la tête d'André Ayew, le même qui avait égalisé contre les États-Unis. Là-dessus, les doutes que l'on avait sur la défense allemande se sont réveillés, pour mieux aboyer pendant les vingt minutes suivantes. L'égalisation de Gyan et les deux ou trois occasions du Ghana de mettre le match à 3-1 par la suite (contres mal joués, mauvaise finition) doivent même être considérés comme inquiétants. Si l'Allemagne continue à défendre aussi passivement et surtout si ses lignes continuent à jouer à 30 mètres les unes des autres, elle aura du mal à rester dans le coup jusqu'au 13 juillet.
Par contre, offensivement… c'est la boîte à outils, le couteau-suisse! Tu en sors un, ranges l'autre, en ressort un troisième. Miro Klose, on le laisse accroché pendant deux ans, on le sort à l'Euro ou au Mondial, pour éviter qu'il rouille et hop! Il va dans les six mètres comme un chien auprès de son arbre favori. Marque son territoire. Et voilà… Buteur dans quatre Coupes du monde consécutives, record de Ronaldo (15 buts en Coupe du monde) égalé, série en cours, merci… D'ailleurs, sur le corner de l'égalisation allemande, ils sont SIX dans les six mètres du Ghana…

Pour le Ghana, ce point - même s'il est très beau dans sa valeur absolue - n'aura de sens qu'une fois le résultat de Portugal - États-Unis connu. Il laisse tout de même l'impression que cette équipe peut franchement faire mieux, offensivement (occasions ratées dans ses deux matchs) et défensivement (coups de pied arrêtés et sautes de concentration).
D'Argentine-Iran, on retiendra avant tout une équipe iranienne formidablement organisée. D'accord, défensivement, mais c'est l'Argentine en face! Messi! Agüero! Higuain! Alors, on peut comprendre.
Et elle a été excellente dans ce domaine durant tout le match, limitant tout de même le nombre d'occasions argentines. Fermant complètement les espaces, forçant les Argentins à jouer loin sur les flancs (pour des centres qui ne donnent rien) ou bien dans l'axe, régulièrement sur Messi. Lequel était régulièrement pris par deux voire trois adversaires. En jouant à 11 derrière le ballon (entre le ballon et leur ligne de but), les Iraniens pouvaient se permettre cette débauche de personnel sur le meneur argentin. C'est d'ailleurs sur le seul moment où il bénéficie d'un un-contre-un (Nekounam hésite à avancer pour doubler son partenaire), que Messi arrache la victoire dans le temps additionnel. Sur la dernière demi-heure, l'Iran avait parfaitement exécuté son plan, et commencé à sortir et se montrer vraiment dangereux (Dejagah, Reza et balles arrêtées sur Hosseini) au point d'envisager une énorme surprise.
L'Argentine s'en sort et se qualifie. Il arrive souvent que des équipes frôlent ce genre de catastrophe et se réveillent par la suite. Mais il faudra qu'Alejandro Sabella décide vite et clairement du système qu'il souhaite employer (3-5-2 contre la Bosnie, 4-3-3 contre l'Iran) pour permettre à l'Argentine de retrouver un jeu plus fluide, plus rapide et surtout plus varié offensivement…
Pour terminer la journée, et plutôt joliment, Nigéria et Bosnie nous ont offert une belle variante du jeu de « F… you! » (« J'attaque! » - « Non, MOI j'attaque! » - « NON! MOI, j'attaque!! » - « NON! MOI J'ATTAQUE!!! », etc…). Résultat, un match un peu délirant où chaque équipe cherche à se mettre au plus vite en position, où les transitions sont ultra-rapides et où les occasions de frappe se multiplient (20 tirs lors de la seule première mi-temps, dont la moitié cadrés!).

Avec Pjanic et Misimovic, la Bosnie possède deux magnifiques créateurs de jeu. Ils créent un nombre exceptionnel de situations, que Dzeko n'arrive pas à concrétiser (à sa décharge, il a un but tout à fait valable refusé pour hors-jeu). En face, Musa, Odemwingie et Emenike font l'enfer à la défense bosniaque. Ils multiplient les frappes, se rendent libres et toujours en mouvement. Emenike est un vrai problème pour une défense et c'est sur un énorme effort individuel (il n'y a pas vraiment de faute sur Spahic) qu'il offre le premier but à Odemwingie.
Les deux, qui avaient un peu oublié à quoi servait un milieu de terrain, commencent alors à le redécouvrir. Sans que l'intensité ne baisse (les occasions continuent d'arriver, genre une par minute), mais avec une plus grande conscience du besoin de contrôler le flux du jeu désormais côté Nigérian.
Ceux qui ont connu Safet Susic, le joueur, doivent se souvenir d'un exceptionnel créateur de jeu, parfois (souvent!) génial. C'est le style qu'il veut donner à la Bosnie et il possède une palette assez remarquable de créateurs. Qu'il a employés au maximum durant les qualifications : Salihovic, Pjanic, Misimovic et deux attaquants, Dzeko et Ibisevic, l'ensemble offrant un mouvement, une profondeur et une percussion redoutable pour n'importe quel adversaire. Il a modifié son schéma pour cette Coupe du monde, retirant Ibisevic au profit d'un milieu plus défensif, s'alignant donc sur le modèle du 4-2-3-1, mais qui perd terriblement en profondeur. Contre l'Argentine, ça peut se comprendre. Face au Nigéria - un match où la possession de balle passe après la profondeur et la percussion offensive - c'est moins évident. Dzeko est de plus en plus isolé et lorsqu'il revient à son système de base, il est sans doute trop tard. Le Nigéria s'est replacé pour tenir son 1-0, joue plusieurs contres explosifs et pourrait même avoir plié le match sur plusieurs occasions nettes. Le Nigéria est nettement plus puissant en deuxième mi-temps et malgré deux belles occasions de Dzeko dans le temps additionnel (et un bel arrêt d'Enyeama), la Bosnie se retrouve éliminée.
Le Nigéria (un but marqué, aucun encaissé) peut se qualifier même avec une défaite face à l'Argentine. C'est un programme minimum, mais sur ce qu'il est capable de montrer, le Nigéria de Stephen Keshi peut vraiment embêter du monde dans ce Mondial.





