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Justin Carbonneau : faire la différence, différemment

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BOISBRIAND – Au terme des deux premiers mois du calendrier régulier de l’Armada de Blainville-Boisbriand, Justin Carbonneau pouvait se dire satisfait.

Avec 21 buts inscrits à sa fiche, il affichait une moyenne de près d’un par rencontre. Sa récolte de 30 points en 22 matchs confirmait de plus qu’il était encore le moteur offensif des siens.

Mais il y avait un mais.

« Je regardais ma saison et je me disais : “Ça va bien, j’ai pris un step, mais pas celui que je voulais prendre". »

Celui qui le rapprocherait de son but.

« On ne se fera pas de cachettes, mon objectif c’est de jouer dans la Ligue nationale l’année prochaine », confiait le plus récent choix de premier tour des Blues de St. Louis, la semaine dernière, au RDS.ca.

—  Justin Carbonneau

Pour ce faire, l’attaquant étoile était conscient en début de campagne qu’il devait ajuster son jeu à celui des pros. C’est ce que lui ont recommandé les Blues à la conclusion de son premier camp d’entraînement dans la grande ligue. C’était aussi la vision de son nouvel entraîneur-chef Alexandre Jacques.

Dorénavant, tout ne reposait plus sur ses épaules.

« L’an dernier, il y avait beaucoup de pression sur lui pour qu’il produise offensivement, qu’il soit celui qui fait gagner l’équipe », observe Jacques.

« Mon rôle l’année passée – surtout à partir du moment où on a perdu Jonathan Fauchon, qui était notre gros joueur – c’était comme de faire la différence à quasiment chaque shift », sentait Carbonneau.

« On tirait souvent de l’arrière et il fallait marquer des buts. Je voulais essayer de tout faire, ce qui faisait que j’avais moins confiance en ma game sur 200 pieds. »

Au retour de Carbonneau dans la LHJMQ cet automne, Jacques a ainsi incité son joueur vedette à raccourcir ses présences sur la patinoire. À faire confiance à ses coéquipiers et être patient. Car en cette année où tout est permis pour l’Armada, la chance de faire la différence, elle pourrait bien se pointer en troisième période.

« Ce qu’on lui a fait comprendre, c’est que quand il va arriver chez les professionnels, il ne sera pas tout seul à tenter de la mettre dedans », relate le pilote.

« En réduisant la durée de ses présences, il allait pouvoir être beaucoup plus intense en zone défensive pour récupérer les rondelles et mettre les freins quand c’est le temps de freiner aux bons endroits. Il travaille extrêmement fort sur ce côté-là. »

Malgré ses bonnes intentions, l’ajustement de Carbonneau n’a cependant pas été assez rapide à son goût. Jusqu’à ce qu’il réalise enfin une chose.

C’est normal.

Reprogrammer un tireur d’élite, en à peine deux mois, tout en continuant à marquer ne se fait pas instantanément.

« C’est là (au début décembre, NDLR.) que j’ai commencé à me questionner : “Est-ce que je faisais les choses de la mauvaise façon?” J’essayais d’aller trop vite et de tout faire. J’étais trop intense. Et j’étais vraiment, vraiment dur envers moi-même. Je revenais de mes matchs et je me sentais comme si j’avais vraiment joué un mauvais match.

« C’est à ce moment que j’ai réalisé qu’il fallait que j’y aille plus doucement, que ce ne serait pas au mois de décembre que ça allait être parfait. Le but, c’est que je sois un joueur complet quand on rentre dans les séries. »

Carbo s’est ainsi donné du temps.

Au moment où le personnel de développement des Blues est venu le visiter au mois de décembre, l’espoir se cherchait encore. Mais plus pour longtemps.

« J’en ai sorti une grosse. »

Ce soir-là, le 5 décembre contre l’Océanic de Rimouski, Carbonneau a signé une performance qui lui a été révélatrice.

Sur un but inscrit en désavantage numérique dans les dernières secondes du premier tiers, Carbonneau s’est retrouvé au bon endroit au bon moment en repli défensif pour subtiliser une rondelle et ensuite laisser ses instincts offensifs et son physique avantageux faire le reste du boulot.

Puis, sur le jeu de puissance en deuxième période, le no 8 de la flotte des Basses-Laurentides a décoché un lancer frappé à la Alexander Ovechkin comme il a l’habitude de le faire pour doubler l’avance des siens.

« J’ai joué la game qu’il faut que je joue chez les pros. Après le match, [les Blues] m’ont dit que maintenant, il fallait que je la réplique à chaque match. Le déclic s’est fait un peu là. »

« Ça m’a fait réaliser que c’est possible. Je suis quelqu’un qui veut que ça fonctionne tout le temps. Tout ce que je fais, je veux le faire à la perfection, je ne veux pas traîner de la patte.

« Quand je cherchais ma game, je me demandais si ça allait être possible de faire ça et comment j’allais m’y prendre. Quand j’ai réussi à jouer de cette manière-là, ça m’a donné une p’tite tape dans le dos. J’allais dans la bonne direction. »

Deux mois plus tard, Carbonneau n’a pas dévié de sa trajectoire, confirme son entraîneur-chef.

« Il a eu un bel ajustement. Ce qu’on lui demande, c’est qu’il continue à travailler fort et à se pousser », note Jacques, qui aimerait toutefois voir son protégé remporter plus souvent ses batailles à un contre un.

« Il a le physique, le talent et les capacités pour [le faire]. Parfois, Justin rentre dans une bataille en pensant déjà au prochain jeu. Et il n’est pas seul, beaucoup de joueurs sont comme ça. La priorité doit être de séparer la rondelle de son porteur et laisser un coéquipier venir t’aider. On en est là et ses intentions sont bonnes. »

Le pilote de l’Armada tâche par ailleurs de ne pas dénaturer son attaquant. Si Carbonneau est un espoir aussi bien en vue dans l’organisation des Blues, c’est avant tout pour sa capacité à marquer. Et c’est qu’il fait à profusion cette saison.

Avec 42 buts au compteur au moment d’écrire ces mots, le no 8 de l’Armada est non seulement le meilleur buteur de la LHJMQ, mais aussi de la LCH au grand complet.

« De l’extérieur, ça pourrait être facile pour moi et mon personnel d’entraîneurs d’exiger la perfection dans la structure et tout, mais il ne faut pas oublier qu’il y a une raison pour laquelle il est rendu à une quarantaine de buts. Il a un instinct offensif et il faut travailler avec ça aussi. »

Avec 13 matchs à jouer avant la fin de la saison régulière, Carbonneau peut se permettre de rêver au plateau des 50 buts. Et c’est ce qu’il fait.

« Ce sont des objectifs personnels, mais il y a des objectifs plus gros que ça dans le hockey », relativise-t-il.

« En ce moment, je suis vraiment content parce que mon jeu s’améliore sur 200 pieds et je continue à trouver le fond du filet. Je suis récompensé pour mes efforts. Si le plateau des 50 a à venir, il va venir. »