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Tortorella! Vraiment?

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MONTRÉAL - Depuis qu’ils ont orchestré l’entrée fulgurante des Golden Knights de Las Vegas dans la LNH en 2017, George McPhee et Kelly McCrimmon qui lui a succédé à titre de directeur général en 2020 ont multiplié les coups d’éclat.

Ils ont profité au maximum des paramètres du repêchage d’expansion pour mettre sur la patinoire une équipe qui s’est rendue en finale de la coupe Stanley dès la première saison de leur formation. Une coupe finalement soulevée par Alex Ovechkin et les Capitals de Washington.

Quand ils veulent un joueur, ils prennent les moyens pour l’obtenir.

Ils n’ont reculé devant rien ni personne pour conclure des transactions qui leur ont permis de mettre la main sur Mark Stone, Jack Eichel, Thomas Hertl, Noah Hanifin, Mitch Marner et Rasmus Andersson plus tôt cette année.

Ils n’ont pas hésité à piger dans la fortune personnelle du propriétaire de Golden Knights, Bill Foley pour ériger des ponts d’or emprunté par des joueurs comme Alex Pietrangelo et surtout garder, à prix d’or, les joueurs acquis aux quatre coins de la LNH.

Le duo McPhee-McCrimmon s’est aussi montré impitoyable avec ses entraîneurs-chefs. Gerard Gallant s’est rendu en finale de la coupe Stanley. Mais 131 parties de saison régulière plus tard, il était congédié.

Appelé en relève, Peter Deboer a mené le club en finale d’Association. Il a perdu en demi-finale aux mains du Canadien l’année suivante dans le cadre de saison covid. Mais il n’a pas survécu à l’élimination des séries 12 mois plus tard.

Ces traitements chocs aident à comprendre pourquoi Bruce Cassidy, à peine quatre ans après la première conquête de la coupe Stanley des Knights, s’est fait montrer la porte dimanche après-midi.

Ça ne nous empêche pas d’être surpris. Ça non!

Car les ennuis des Knights semblent bien plus attribuables aux contre-performances des quatre gardiens utilisés jusqu’ici cette saison – Adin Hill, Akira Schmid, Carter Hart embauché en cours de saison et Carl Lindbom appelé en renfort en raison des blessures plus tôt cette année – qu’aux stratégies de Bruce Cassidy.

Mais bon! Peut-être que l’état-major considère que les stratégies imposées par Cassidy n’aidaient en rien les gardiens à offrir de meilleures performances.

« Nous avons besoin d’un électrochoc et nous sommes convaincus que John Tortorella pourra le donner à notre formation », que le président des Knights, George McPhee m’a répondu par le biais d’un échange « texto » quelques minutes après l’annonce qui a pris la LNH par surprise.

Adulé par certains, méprisé par plusieurs

Tortorella s’y connaît en matière d’électrochoc. L’ennui, c’est que plusieurs des électrochocs qu’il a distribués à ses joueurs et à ses formations au fil de sa longue carrière ont eu l’effet inverse que celui recherché. Ils ont été repoussés vers lui par ses joueurs et ses équipes ce qui lui a valu d’être mis à la porte…

Tortorella dirigera ce soir, contre les Canucks de Vancouver – l’une de ses six équipes dans la LNH – son 1621e match au fil de sa carrière de 24 ans.

Il est un excellent stratège. Il a d’ailleurs contribué à la victoire des USA aux Jeux olympiques de Milano-Cortina à titre d’adjoint de Mike Sullivan.

Tortorella est adulé par les joueurs qu’il a été en mesure de lancer ou de relancer. Il est honni pour ne pas dire mépriser par ceux, et ils sont plus nombreux que ceux qui l’adulent, qui lui ont tourné le dos en refusant de se plier à ses manières dictatoriales d’imposer ses stratégies.

Pourquoi alors offrir à Tortorella une cinquième entrée en scène en cours de saison? Deux fois avec les Rangers de New York en relève à John Muckler et Tom Renney, une fois à Tampa Bay en relève à Steve Ludzik, une fois en Caroline en relève à Todd Richard.

Pourquoi offrir à Tortorella un retour dans la LNH après ses insuccès à la barre des Flyers et sa sortie avec neuf matchs à écouler à sa troisième saison à Philadelphie?

Parce que les candidats n’étaient pas légion.

Tortorella a accepté de débarquer à Vegas pour compléter la saison régulière et la durée des séries. Pour l’an prochain, on verra!

Ce ne sont pas tous les entraîneurs-chefs potentiellement disponibles qui accepteraient de laisser leur poste pour un tel pari à court terme. Un pari risqué considérant que les Knights sont loin de performer à la hauteur de leur talent et de mousser les espoirs de succès en séries chez leurs partisans.

Pari audacieux

Pourquoi ne pas donner la chance à Dominique Ducharme ou John Stevens qui ont tous deux dirigé dans la LNH l’opportunité de servir l’électrochoc recherché par l’état-major?

Bonne question.

Peut-être que le duo McPhee-McCrimmon tient à obtenir des changements plus drastiques que ceux qu’auraient pu apporter des adjoints encore fidèles à leur ancien patron et ami.

John Tortorella a une coupe Stanley et deux trophées Jack Adams à son palmarès.

En contrepoids, des exclusions rapides des séries et des exclusions tout court des séries permettent de se demander si les Golden Knights confient leur club au bon homme de hockey.

On le saura bien assez vite.

On saura bien assez vite si le pari audacieux de miser sur «Torts» apportera d’aussi gros dividendes que les acquisitions de Mark Stone, de Jack Eichel, d’Alex Pietrangelo et même de Mitch Marner, même si l’ancien des Leafs est loin de répondre aux attentes à sa première saison à Vegas.

Ou si ce pari s’ajoutera aux erreurs d’échanger un tout jeune Nick Suzuki – en plus de Tomas Tatar et d’un choix de deuxième ronde – au Canadien ou d’envoyer Logan Thompson aux Capitals de Washington, un gardien dont les Knights auraient grand besoin à ce moment-ci de la saison.

Il a huit matchs pour relancer son club.

En 1999-2000, les Devils avaient eu la main heureuse en remplaçant Robbie Ftorek par Larry Robinson avec huit matchs à faire en saison. Après avoir gagné quatre fois et perdu quatre fois, Robinson et les Devils s’étaient rendus à la finale de la coupe Stanley. Finale qu’ils avaient gagnée aux dépens des Stars de Dallas grâce au leadership de Scott Stevens et aux performances de Martin Brodeur (1,61 but alloué par match, 92,7 % d’efficacité).

Sept ans plus tard, Lou Lamoriello avait tenté le même coup en congédiant Claude Julien avec trois matchs à faire en saison, mais les 102 points qu’affichaient les Devils sous Julien. Lamoriello avait pris les commandes. Les Devils avaient été éliminés en cinq matchs par les Sénateurs d’Ottawa en deuxième ronde.

Quatre ans après ce congédiement attribuable à un soulèvement de quelques joueurs dans le vestiaire des Devils, Claude Julien soulevait la coupe Stanley avec les Bruins de Boston.

Un mot sur Bruce Cassidy : misez sur lui pour succéder à Craig Berube dès que la saison des Maple Leafs sera terminée pour vrai. Car ça fait déjà un bout de temps qu’elle est terminée!