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« Réalises-tu t’es rendu où? »

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MONTRÉAL – Ding, Dong…

Fin août 2025, dans le quartier Saint-Louis-de-France de Trois-Rivières. Un jeune garçon vêtu d’un chandail du Canadien sonne à la porte du domicile des Cournoyer.

« Est-ce qu’Alexis est là? Est-ce que je peux avoir un autographe et une photo? »

L’espoir du Tricolore ayant quitté il y a une semaine à peine pour le campus de l’Université Cornell, la belle-mère de celui-ci ne sait trop comment réagir. Émue, la femme n’a d’autre choix que d’inviter le partisan à revenir tenter sa chance dans le temps des Fêtes.

« Il va être à la maison », lui promet-elle.

Alexis Cournoyer, la sélection surprise de 5e ronde du Canadien au dernier repêchage de la LNH, raconte cette anecdote au RDS.ca pour illustrer à quel point sa vie a changé dans les 12 derniers mois.

À pareille date l’an dernier, le gardien défendait le filet des Bears de Truro, un club néo-écossais de la Maritime Hockey League (MHL).

« À ce moment, je me disais que j’allais finir ma carrière junior dans la MHL, que j’essaierais ensuite de me pogner une offre U Sports – si je suis chanceux – et que je ferais mes études avant de commencer à travailler. »

Il y a un an presque jour pour jour, un appel inattendu de Sylvain Couturier, directeur général des Eagles du Cap-Breton, l’a plutôt mis sur une trajectoire devant le rapprocher de la LNH.

Après de multiples tentatives infructueuses dans la LHJMQ chez les Cataractes de Shawinigan et le Drakkar de Baie-Comeau, Couturier offrait à Cournoyer une autre chance.

Un essai de trois matchs. Sans aucune garantie.

Cournoyer convertit alors cette opportunité en rampe de lancement. Fort d’un dossier de 13-6-1, un taux d’efficacité de ,942 et une moyenne de buts alloués de 1,82, l’imposant portier de 6 pi 4 po et 205 lb attire le regard des éclaireurs. Ceux des universités américaines, dont Cornell qui ne tarde pas à le courtiser, mais aussi ceux de la LNH.

Classé 16e meilleur espoir parmi les gardiens nord-américains selon la Centrale de recrutement de la LNH, Cournoyer est finalement sélectionné au 145e rang par le Canadien.

Près de six mois plus tard, Cournoyer se trouve aujourd’hui à Ithaca, où il s’impose comme l’un des meilleurs gardiens de la NCAA dans l’uniforme du Big Red de l’Université Cornell (nous y reviendrons dans quelques lignes).

« Chaque fois qu’on s’appelle mon père et moi, il me dit : “Réalises-tu t’es rendu où? Il y a un an, aurais-tu pensé être là?”.

« J’essaie de ne pas trop penser à ça, je me dis que je suis ici pour une raison et que c’est ce que la vie avait en réserve pour moi. Mais c’est sûr qu’en regardant en arrière, je me dis que je suis beaucoup plus proche de mon rêve que je ne l’étais. »

Pas de promesses

Alexis Cournoyer Le gardien du Big Red de l'Université Cornell, Alexis Cournoyer. (Compte Instagram d'Alexis Cournoyer.)

À Cornell, Cournoyer est devenu le premier gardien en 23 ans à être repêché par un club de la LNH. S’étant engagé envers l’alma mater d’Andy Bernard avant même que le CH ne l’ajoute à sa banque d’espoirs, le Québécois de 20 ans n’est toutefois pas débarqué à l’iconique Lynah Rink avec une place de no 1 à perdre.

Le partant des quatre saisons précédentes ayant conclu son stage universitaire, Cournoyer allait devoir lutter avec Remington Keopple, le no 2 des trois plus récentes campagnes, pour la confiance de l’entraîneur-chef Casey Jones.

« La première affaire qu’il m’a dite quand je suis arrivé ici c’est que peu importe tu es qui, que tu sois senior (finissant) ou freshman (joueur de 1re année), si tu me donnes les meilleures chances de gagner à tous les soirs, c’est toi qui va goaler. Il ne m’a rien promis. »

Le premier départ du calendrier a ainsi été offert à Keopple, qui s’est alors incliné 2-1 contre les Minutemen de UMass le 31 octobre. Le lendemain, c’était au tour de Cournoyer de s’approprier le filet.

Il en a fait le sien pendant neuf matchs consécutifs.

Au fil de cette séquence qui n’a pris fin que le 5 décembre dernier face aux Golden Knights de l’Université Clarkson, Cournoyer a montré une fiche de 6-3-0, ne concédant plus de deux buts qu’à une seule reprise.

Sa moyenne de buts alloués de 1,69 et son taux d’efficacité de ,937 lui permettent au moment d’écrire ces lignes de se classer parmi les cinq meilleurs gardiens de la NCAA dans les deux catégories.

« Je ne m’attendais pas à ce que [Casey Jones] me disent en arrivant : “C’est toi qui va starter“. Au contraire, et j’étais content qu’il me dise ça, parce que ça me donne une motivation de plus à montrer au monde que je veux le net », confie celui qui n’en est pas à sa première expérience du genre.

« C’est du déjà vu pour moi. Devoir me prouver, j’ai fait ça toute ma vie. Ça ne me shake pas. »

—  Alexis Cournoyer

L’héritage de Ken Dryden

Si Cournoyer a choisi Cornell pour la suite de sa carrière, c’est qu’il y a trouvé, avec la bénédiction du Canadien, le meilleur environnement pour se développer et devenir gardien professionnel.

Pendant combien de temps?

« Je me concentre sur ce que je fais en ce moment, répond Cournoyer. Si mon chemin se trace et que c’est pendant deux ans, et bien ce sera deux ans. Si c’est quatre ans, ce sera quatre ans. Ce n’est pas ce dont je me soucie présentement. »

Sans surprise, le portier se dit avant tout préoccupé par la victoire. Au sein d’une équipe qui occupait le 17e rang dans la plus récente mise à jour du classement de la NCAA, Cournoyer a l’opportunité d’inscrire à son tour son nom dans la culture gagnante de Cornell.

« C’est pour ça que je suis venu ici, je veux gagner. Ça fait trois ans de suite qu’ils sont à une game d’atteindre le Frozen Four. »

Lors de sa visite du campus en juin dernier, Cournoyer est instantanément tombé sous le charme des lieux. Le Lynah Rink a beau ne pas être jeune, il appartient à la légende.

« Dès que je suis entré dans l’aréna, j’ai senti le poids de l’histoire en voyant les trophées, les bannières. »

Au plafond sont notamment immortalisés les championnats nationaux de 1967 et 1970, de même que le no 1 du célèbre Ken Dryden, l’un des artisans du sacre de 1967.

L’ancienne étoile du Canadien a aussi sa place sur le masque de Cournoyer. Sur le flanc gauche de celui-ci, Dryden y a été peint dans sa pose iconique, son bâton étant substitué par la McGraw Tower, la tour horloge du campus de Cornell.

Masque Alexis Cournoyer Le masque du gardien de l'Université Cornell, Alexis Cournoyer, qui rend hommage à Ken Dryden. (Compte Instagram @vicedesign)

Ce design a été conçu avant le décès de Dryden, le 5 septembre dernier, si bien que Cournoyer a pu lui rendre un ultime hommage lors de la rentrée de l’équipe sur sa patinoire. À l’occasion d’une cérémonie d’avant-match honorant son illustre ancien le 14 novembre, l’université a invité Cournoyer et son vis-à-vis de la soirée à participer à une mise en jeu protocolaire au centre de la patinoire.

« C’était très important pour moi d’être dans les buts lors de cette soirée. C’était ma première mise en jeu protocolaire en carrière et je l’ai faite pour Dryden. On jouait pour lui ce soir-là. »

Dans un gain de 4-1 contre l’Université Brown, Cournoyer a alors connu une forte soirée, repoussant 27 lancers à sa première prestation au Lynah Rink.

Les Fêtes approchant à grands pas, Cournoyer rentrera vendredi à Trois-Rivières, où il renouera avec les siens avant de reprendre possession de son demi-cercle du Lynah Rink, le 2 janvier prochain.

Entre-temps, si on sonne à sa porte, il sera là.