Lorsque Lane Hutson a donné les devants 3-0 au Canadien à mi-chemin en période médiane, plusieurs, moi le premier, ont cru que le match était, somme toute, terminé.
Avec raison!
Le Canadien jouait du hockey solide. Cole Caufield, bien que motivé à l’idée d’être le premier joueur du Tricolore en 36 ans à atteindre le plateau des 50 buts en une saison – Stéphane Richer 51 en 1989-1990 – avait réalisé deux très belles passes pour offrir des buts à Jayden Struble et Ivan Demidov.
Jakub Dobes était très solide devant le filet.
Tout allait vraiment très bien pour le Canadien.
Tellement, que plusieurs, moi le premier, se sont dit que les partisans des Devils quitteraient le Prudential Center en vagues pour éviter d’être témoins d’une 35e défaite de leur Devils depuis longtemps éliminés de la course aux séries. Qu’ils laisseraient aux centaines et peut-être même quelques milliers de fans du Tricolore qui avaient fait le voyage au New Jersey, le plaisir de scander des Olé! Olé! Olé! en attente du 50e but de Caufield et des 100 points au classement récoltés par leurs favoris.
L’ennui, et il est de taille, c’est que Caufield et ses coéquipiers ont également cru que la seconde moitié de rencontre ne serait que formalité.
Deux jours après avoir vu les Rangers combler un recul de 0-2 en fin de troisième période, deux jours après avoir reconnu que cette remontée portait ombrage à la victoire finalement acquise en fin de rencontre grâce au 49e but de la saison de Caufield, les joueurs du Canadien ont répété la même erreur.
Ils ont cessé de jouer. Ils ont cessé de gagner les batailles pour les rondelles libres. Pis encore, ils se sont mis à se rendre coupables d’affreux revirements et de plus affreuses remises directes de rondelles à leurs adversaires. Souvent, trop souvent, en zone défensive et parfois même dans la zone payante d’où ils ont pu sérieusement mettre à l’épreuve Dobes.
Le but de Dawson Mercer a ravivé un brin l’enthousiasme des partisans des Devils qui, pour la première fois du match, ont fait contrepoids à l’enthousiasme des fans en voyage du Tricolore.
Mais il n’a pas réveillé le Canadien.
Que non! En plus de continuer à distribuer la rondelle à leurs rivaux, les joueurs de Martin St-Louis ont bousillé un avantage numérique de quatre minutes – bravo à Zachary Bolduc qui a réussi à transformer trois gouttes de sang en hémorragie pour convaincre les officiels de doubler la durée de la pénalité décernée à Brenden Dillon – offert par l’arbitre Chris Rooney. Non seulement les joueurs du Tricolore n’ont rien généré en attaque, mais ils ont aussi été victimes d’un but enfilé par les Devils qui se défendaient à quatre contre cinq.
Ce n’était pas beau. C’était même laid. Et c’était tout aussi laid en troisième au point où il était permis de lancer que la question n’était pas de savoir si les Devils allaient niveler les chances en troisième, mais quand ils y arriveraient.
Ils ont réussi avec 135 secondes à faire.
Cinq mois après avoir versé des larmes après son premier revers de la saison, encaissé en prolongation, aux mains des Devils, au Prudential Center, Dobes a savouré une douce revanche.
Meilleur joueur du Canadien avec ses 34 arrêts en temps réglementaire, il a repoussé le seul tir affronté en prolongation en plus de réaliser deux arrêts – un tir des Devils a raté la cible – en tirs de barrage pour finalement mener le Canadien à la victoire de 4-3 qui lui permet d’atteindre le plateau des 100 points.
Le Canadien rentre donc à la maison après un voyage parfait de cinq victoires. Il a prolongé du coup à huit sa série de gains consécutifs.
Mais quelques-unes de ces huit victoires ont couronné des matchs loin d’être parfaits. Au New Jersey samedi, à New York, deux jours plus tôt, en Caroline mardi...
C’est normal. Car le hockey est un jeu d’erreurs.
Des erreurs qu’une attaque massive rachète de temps en temps. Et qu’un gardien en pleine forme rachète encore plus souvent.
Comme Dobes l’a fait samedi aux dépens des Devils après l’avoir fait aux dépens des Hurricanes en Caroline. Comme il l’a fait souvent depuis qu’il a retrouvé ses repères devant son filet. Qu’il se fait frapper par les rondelles en raison d’un positionnement de qualité au lieu d’avoir à plonger sur sa gauche ou sa droite pour tenter de réaliser ses arrêts.
Tout ça est bien beau. Et comme le Canadien a gagné ces matchs imparfaits pour réaliser son voyage parfait et atteindre le plateau des 100 points, il est difficile de le vilipender.
Et même s’il avait perdu hier, il aurait été difficile de le fustiger. Oui! Il aurait fallu parler de belle occasion ratée ou de gaspillage. Mais le lapider de critiques aurait été nettement exagéré. Car oui, le Canadien perdra à un moment donné...
Cela dit, il faut le rappeler à l’ordre un peu. Ce qu’une défaite encaissée hier, surtout si elle était survenue en temps réglementaire, aurait fait. Car en séries, contre des clubs qui seront aussi forts sinon meilleurs et même contre des formations négligées, le Canadien ne pourra se permettre d’être aussi mollasson et généreux qu’il l’a été en deuxième moitié de match.
St-Louis est le premier à le savoir. Et s’il n’a pas semblé déstabilisé outre mesure par cette deuxième moitié de rencontre face aux Devils, c’est parce qu’il fait confiance à la maturité de ses jeunes joueurs.
« Les gars savent. Ils comprennent. C’est sûr qu’on va faire du vidéo et qu’on va revenir sur les jeux qui nous ont fait mal ce soir. Mais ils le savent », que l’entraîneur-chef a expliqué après la 45e victoire de son équipe cette saison.
La 23e sur les patinoires ennemies. Seul le Lightning affiche autant de victoires à l’étranger que le Canadien dans l’Association Est. À l’échelle de la LNH, le Canadien et le Lightning sont seulement devancés par l’Avalanche du Colorado qui a gagné 25 de ses 37 parties (25-7-5) disputées jusqu’ici cette saison loin de Denver.
Le Canadien a infligé à l’Avalanche l’une de ces sept défaites.
Jeudi après la victoire arrachée en fin de rencontre grâce au but marqué par son complice Caufield, Nick Suzuki avait insisté sur le relâchement qui avait ouvert la porte aux deux buts des Rangers en fin de troisième.
St-Louis avait d’ailleurs salué cette sortie de son capitaine.
Commenter après les matchs c’est bien beau. Et plaider coupable avec une victoire, ça passe beaucoup mieux qu’après un revers.
Mais à l’aube des séries, il faudra aussi que Suzuki et ses coéquipiers passent des paroles aux actes. Pour mousser ses chances de se hisser au premier rang de la section atlantique. Pour mousser ses chances de ne pas gaspiller, dès la première ronde des séries, une aussi belle saison.
Suzuki et ses coéquipiers pourront passer des paroles aux actes dès dimanche soir alors que le Tricolore et les Devils se croiseront pour une deuxième fois en 24 heures.
Cette fois sur la patinoire du Centre Bell.
Si Caufield a eu un plateau parfait pour atteindre les 50 buts en fin de troisième et en début de prolongation alors que le Canadien profitait d’une attaque massive, le plateau sera plus parfait encore dimanche au Centre Bell.
Il me semble que je sens déjà l’amphithéâtre vibrer...





