Boxe

Mayweather lance une poursuite de 340 M$ contre Showtime

Publié le 

La nouvelle de la semaine est celle de la poursuite, devant la Cour supérieure de la Californie, de l’ancienne grande vedette des rings « Money » Floyd Mayweather fils contre le réseau de télévision Showtime et son président d’alors, Steven Espinosa, pour l’astronomique somme de 340 millions $.

Cette chaîne a distribué, via la télévision à la carte, les sept derniers combats de « Pretty Boy » incluant celui qui a établi les records absolus de ventes, aux guichets comme en PPV, contre Manny Pacquiao, qui aurait généré des revenus de 600 millions. Cette série inclut également sa 50e et dernière victoire en autant de combats contre l’idole de l’UFC Conor McGregor.

Selon les documents déposés, Showtime et son président Espinosa auraient transféré la somme minimale de 340 millions, par un schéma complexe de transfert, dans des comptes de banque cachés qui étaient contrôlés par son gérant de l’époque Al Haymon.

Le médaillé de bronze des JO d’Atlanta en 1996 aurait, selon des sources fiables, empoché la jurassique somme de 1,2 milliard en carrière. On ne sait pas si le montant en litige actuellement est inclus ou devrait s’ajouter au total des bourses qu’il aurait encaissé.

Durant plus de 20 ans, le directeur général de son entreprise était Leonard Ellerbe. Ils se sont séparés en 2024 à cause de désaccords irréconciliables, a-t-on annoncé. Mayweather a alors informé que son remplaçant était l’ancien président de Golden Boy Richard Schaefer. Pourtant, l’automne dernier, Schaefer affirmait qu’il n’avait été que de passage, pour aider son ancien boxeur, et que depuis il était passé à autre chose dont la supervision des affaires de Canelo Alvarez.

Le plus étrange dans toute cette histoire est que bien que la poursuite identifie son ancien mentor, Al Haymon, comme celui qui s’est approprié des fonds en question clandestinement, ce dernier n’est même pas mis en cause.

Il y a des murmures dans le milieu qui laissent entendre que Haymon et possiblement Ellerbe pourraient être les sujets d’une action séparée.

L’avocat de l’ancien numéro 1 mondial Bobby Samini prétend que des représentations ont été effectuées auprès de Showtime pour obtenir accès aux livres comptables pertinents à cette cause. On aurait répondu que ceux-ci n’étaient plus disponibles.

En décembre 2023, Showtime annonçait son retrait définitif de la boxe après 37 années iconiques de diffusion ininterrompue impliquant les Mike Tyson, Marvin Hagler, Julio Cesar Chavez, Felix Trinidad et nombreuses autres grandes vedettes.

Une enquête de Business Insider, publiée en décembre dernier, mentionnait que Mayweather avait des ennuis financiers, qu’il avait effectué de nombreux placements spéculatifs qui se sont avérés catastrophiques et qu’il avait de la difficulté à maintenir son train de vie extravagant.

Mayweather a répudié ces affirmations en bloc alors que des sources indépendantes confirment sa valeur nette estimée à de 300 à 400 millions, mais les rumeurs de surendettement, d’une mauvaise gestion post-retraite, de besoins urgents de liquidité rendaient sa situation inconfortable.

Durant ses belles années sur le ring, le champion mondial de cinq divisions comprenant 15 ceintures majeures avait l’habitude de remercier, après ses victoires, Dieu, sa mère Deborah, Showtime et Steven Espinosa, Al Haymon, Golden Boy son promoteur et pas nécessairement dans cet ordre.

Il semble que comme ça arrive beaucoup trop souvent dans ce sport, la retraite finit par faire oublier l’implication de nombreuses personnes qui ont généreusement permis à un pugiliste d’atteindre ses objectifs, de s’accomplir pleinement au maximum de ses habiletés, pour faire place à de l’amertume et de la rancœur quand on se retrouve soudainement loin des feux de la rampe.

Fréquemment fertilisé par des gens qui ne connaissaient ni les détails ni les contextes, des complots surgissent graduellement qui font croire à de l’abus et de la tromperie là où il y avait de la bienveillance et de la sincérité.

Je connais Al Haymon personnellement pour avoir collaboré avec lui pendant de nombreuses années. Ce dernier déteste les médias, n’a pas beaucoup d’affection pour le milieu traditionnel de la boxe et c’est réciproque. On l’a démonisé, vilipendé, accusé d’être un hérétique. Une chose est claire, dans toutes ses démarches pour secouer l’establishment il a toujours priorisé, avantagé et favorisé ses boxeurs. C’était le but principal de sa quête : améliorer le statut des athlètes, matière première de l’industrie qu’il considérait abusée. Autant Haymon gardait ses distances de la machine autant il était généreux et disponible pour ses boxeurs.

J’ai été témoin direct des relations qu’il entretenait avec Adonis Stevenson. J’aurais préféré souvent qu’il soit plus directif avec « Superman » et sa sélection d’adversaires, mais c’est avec respect et dévotion qu’il s’appliquait à faire avancer sa carrière tout en l’enrichissant.

Quand Adonis a été gravement blessé dans son combat contre Oleksandr Gvozdyk à Québec, il était prêt à envoyer un avion-ambulance pour transporter Adonis dans une clinique spécialisé aux États-Unis si ça avait été nécessaire.

C’est lui qui a pris la facture pour tous les frais supplémentaires afin de permettre à sa famille de demeurer à son chevet et par la suite veiller à sa réadaptation. Il a gardé son avocat Lamont Jones sur les lieux pendant plusieurs semaines afin de veiller à ce que personne ne manque de rien.

L’avocat qui a gradué de Harvard n’a pas accompli ses ambitions et ses objectifs qui consistaient à prendre le contrôle de la boxe professionnelle qu’il voulait remettre aux mains des boxeurs eux-mêmes. Il a sous-estimé la coalition qui s’est forgée contre lui et il n’avait pas les ressources que Turki Alalshikh possède actuellement pour répliquer.

Toutefois il y a une constance : jamais, encore aujourd’hui, on n’a entendu de ses boxeurs ou anciens boxeurs parler en mal contre lui.

Floyd Mayweather fils était sous contrat avec Top Rank en 2006 et ce dernier était malheureux de jouer les seconds violons à Oscar De La Hoya. Haymon a négocié le rachat de son pacte à Bob Arum pour la somme de 750 000 $. À la conclusion de l’entente, on s’est fait des high five chez TR tellement on était heureux de se débarrasser de cette grosse tête et de faire un coup d’argent.

Mayweather a souvent louangé Haymon de l’avoir sorti de son asservissement.

L’année suivante, Mayweather battait par décision la vedette de TR, le Golden Boy Oscar De La Hoya, ce qui lançait véritablement la carrière la plus lucrative de l’histoire!

Floyd Mayweather a été, pendant une décennie, au sommet de la liste des meilleurs boxeurs toutes divisions confondues. The Ring Magazine le considère en tête de liste des plus grands boxeurs du 21e siècle et dans le top-15 des meilleurs de l’histoire.

Al Haymon travaillait pour ses boxeurs mais il se protégeait avec des ententes en acier trempé qui ne laissaient aucune place à l’interprétation. Véritable paranoïaque, il savait que la nature humaine était sujette à des influences et il ne laissait rien au hasard. Sachant ça, je serais extrêmement surpris qu’il ait agi, au détriment de son boxeur le plus distingué, à l’encontre des cadres de son autorité.

Alors dans le cas présent, comment reprocher, légalement, à Steven Espinosa d’avoir suivi les directives de Haymon et ne pas attaquer ce dernier. C’est totalement illogique.

Cette poursuite contre Showtime laisse perplexe. Le sentiment général qui se dégage est que cette action qui arrive 12 ans après le premier combat de l’entente, et 8 ans après le dernier, semble juste une totale fabulation de l’ancienne grande étoile à l’aube de ses 49 ans.

On se trompe peut-être, l’avenir le dira, mais ce n’est pas demain qu’on va assister au dénouement de toute cette affaire et il n’est pas à douter que Showtime a les moyens de se défendre. Ce qui serait sans doute le plus rentable pour Mayweather est un bon assainissement de ses dépenses et un contrôle solide de ses finances pour vivre une retraite saine et paisible.

Mais voilà, Mayweather a bâti son empire sur ses extravagances et ses actions aussi provocantes que marginales, il n’est peut-être pas capable de se rationnaliser.

Bonne boxe.