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Le début d’un règne marquant pour Iglesias?

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Osleys Iglesias et Pavel Silyagin (Photo Victor Munoz/Eye of the Tiger)

La première fois que Camille Estephan a entendu parler d’Osleys Iglesias, le promoteur québécois n’est pas précisément tombé sous le charme de l’Allemand d’origine cubaine.

À vrai dire, l’homme à la tête d’Eye of the Tiger craignait le boxeur gaucher et le percevait comme un empêcheur de tourner en rond, celui qui pourrait s’immiscer dans la quête de Christian Mbilli de devenir un jour champion du monde des poids super-moyens de l’IBF.

Mais dès que l’athlète, aujourd’hui âgé de 28 ans, est devenu libre comme l’air à la fin de 2023, Estephan ne s’est pas fait prier pour le mettre sous contrat afin d’avoir la mainmise sur deux des plus beaux talents de la division et, ensuite, diriger Mbilli sur la voie du WBC.

Ainsi, plus de deux ans et cinq combats après le début de leur association, Estephan et Iglesias (14-0, 13 K.-O.) auront la chance de récolter les fruits de leur labeur, alors que ce dernier affrontera Pavel Silyagin en finale d’un événement présenté jeudi soir au Cabaret du Casino de Montréal, où la fameuse ceinture rouge des super-moyens l’IBF sera à l’enjeu.

Eye of the Tiger aura la chance d’ajouter un deuxième champion du monde, après Mbilli, dans une catégorie historiquement importante au Québec, celle où Éric Lucas (2001-2003, WBC) ainsi que Lucian Bute (2007-2012, IBF) ont brillé et contribué à la popularité du sport.

« [Iglesias] a le potentiel d’être le meilleur boxeur à avoir foulé un ring au Québec, s’est enflammé Estephan en marge de la pesée organisée mercredi après-midi, au cours de laquelle les deux finalistes ont facilement respecté la limite de 168 livres en affichant des poids identiques de 167,5 livres. Cela en dit plutôt long sur ce que nous pensons de lui. »

Encore relativement inconnu du grand public – il ne s’entraîne ni ne vit pas dans la Belle Province –, Iglesias n’est pas arrivé chez les professionnels précédé d’une énorme réputation comme plusieurs de ses compatriotes avant lui. Il faut dire qu’il ne s’est jamais battu sur les grandes scènes comme les Jeux olympiques ou les Championnats du monde.

Évoluant chez les poids moyens dans les rangs amateurs, il a été quatre fois vice-champion de son pays, étant battu à chaque occasion en finale par le double médaillé d’or (2016 et 2020) et médaillé de bronze (2024) olympique Arlen López en 2015, 2016, 2017, puis 2018.

Il a ensuite déménagé en Allemagne pour lancer sa carrière professionnelle au début de la vingtaine en 2019 et a jusqu’à présent tout détruit sur son passage. Iglesias a arrêté tous ceux qu’il a affrontés, à l’exception du vétéran Isaac Chilemba lors de son sixième combat.

« Son style est tellement beau à voir. Il a tellement de puissance, il est tellement spectaculaire, a analysé Estephan. Les gars qui boxent contre lui ne sont plus jamais les mêmes par la suite. C’est un phénomène qu’on a notamment observé avec Artur Beterbiev.

« Ç’a été très difficile de lui trouver un adversaire. Si ce n’avait pas été un combat de championnat du monde [jeudi] soir, il n’y a aucune chance au monde qu’un pugiliste de la trempe de Silyagin embarque dans le ring avec lui. Ça va être encore plus difficile ensuite. »

Classé septième à l’IBF – Iglesias est premier –, Silyagin (16-0-1, 7 K.-O.) se battra à l’extérieur de sa Russie natale pour la première fois, mais Eye of the Tiger le connaît bien.

« C’est un des gars les plus complets techniquement que nous n’avons jamais eus comme adversaire, a d’abord expliqué Estephan. Marc [Ramsay, directeur du développement et entraîneur principal chez Eye of the Tiger] l’a souvent eu comme partenaire d’entraînement pour Beterbiev. C’est un gros combat. Nous ne pouvons pas du tout le prendre à la légère. »

« J’ai affronté plusieurs boxeurs russes chez les amateurs et ç’a toujours été des combats difficiles, a renchéri Iglesias. Il faut respecter l’école russe, mais je viens de l’école cubaine, qu’il faut respecter également. Dans tous les cas, je me vois sortir gagnant de ce combat. »

« Je me vois conquérir la division »

La ceinture qu’Iglesias tentera de remporter est l’une de celles qui ont été laissées vacantes par Terence Crawford à la suite de l’annonce de sa retraite dans la foulée de sa victoire contre Saúl « Canelo » Álvarez, mais est surtout celle que Bute a détenue pendant près de cinq ans et défendue à neuf reprises jusqu’à sa difficile défaite contre Carl Froch.

Si ce titre a évidemment une signification particulière pour plusieurs raisons aux yeux d’Estephan, elle ne constitue qu’une simple première étape dans la carrière d’Iglesias.

« Je dois remercier Marc d’avoir planifié tout cela. À un moment donné, nous avions des décisions à prendre parce que les deux gars (Mbilli et Iglesias, NDLR) étaient classés au WBC et à l’IBF, a expliqué Estephan. C’est vraiment un travail de maître. Et cette ceinture rouge est intéressante parce que c’est celle que David Lemieux a gagnée chez les moyens. »

« Je me vois gagner, mais je me vois également conquérir la division, a ajouté Iglesias. La ceinture, qu’elle soit rouge ou verte, peu importe. J’avais fait la promesse à ma mère [en quittant Cuba pour l’Allemagne] que je deviendrais champion du monde et je ne veux pas repartir les mains vides. Je veux ainsi montrer que ces sept années n’ont pas été vaines. »

En tout, sept combats, dont trois de championnat, seront présentés à compter de 18 h 30. En plus d’Iglesias, Arthur Biyarslanov (20-0, 16 K.-O.) effectuera la cinquième défense de son titre des super-légers de la NABF, alors que Luis Santana (15-0, 7 K.-O.) tentera de mettre la main sur la ceinture des légers, présentement vacante, de la même organisation.

À noter que Leïla Beaudoin (13-2, 2 K.-O.) et Alexandre Gaumont (13-1, 9 K.-O.) effectueront un combat de retour après avoir subi la défaite à leur dernière sortie respective. Stéphane Fondjo (14-2-1, 9 K.-O.) et Erik Israyelyan (4-0, 2 K.-O.) seront en action en début de soirée.