« Redonner à la boxe ses lettres de noblesse ». L’expression n’est pas particulièrement originale, mais a néanmoins le mérite d’être explicite au sujet des intentions de Tyson Fury.
Le fantasque pugiliste britannique, qui sortira une énième fois de sa retraite pour affronter Arslanbek Makhmudov le 11 avril prochain à Londres, sent que son sport traverse un creux de vague et qu’il n’y a finalement que très peu de candidats pour le sortir de son marasme.
Sur le fond, « The Gipsy King » n’a pas tort. Rares sont ceux qui possèdent aujourd’hui ce pouvoir d’attraction qui parvient à mobiliser les foules et à inciter les gens à se brancher à une plateforme de diffusion en continu comme Netflix, qui présentera d’ailleurs le combat. Il y avait une formidable occasion à saisir et le poids lourd aurait été bien fou de s’en passer.
« La boxe était ennuyeuse et la boxe atteint son plein potentiel lorsque Tyson Fury se bat », a dit le principal intéressé pendant une conférence de presse fort courue organisée lundi au Tottenham Hotspur Stadium, stade de 62 850 places où sera présentée la confrontation.
« En me battant, j’amène un cirque, un entourage et du divertissement, a-t-il ajouté. J’avais une série télévisée, un documentaire, des jets privés, des yachts... je m’amusais, mais j’avais également envie de retourner au travail, parce que j’ai toujours été un combattant. »
Même si Fury a tout accompli ou presque dans le monde de la boxe professionnelle, son retour aux affaires n’a surpris absolument personne. C’était en effet la cinquième fois qu’il accrochait ses gants dans la foulée de sa dernière défaite contre Oleksandr Usyk – sa deuxième de suite contre le champion incontesté des lourds – subie en décembre 2024.
La première fois, c’était après avoir pris la mesure de Wladimir Klitschko en novembre 2015 pour devenir champion unifié des lourds. Il n’a cependant jamais défendu ses ceintures, évoquant un cruel manque de motivation à perdre tout le poids gagné depuis son triomphe.
Au même moment, il a également échoué à deux tests antidopage, si bien qu’il s’est écoulé deux ans et demi avant son retour dans le ring. Il est éventuellement redevenu champion en battant Deontay Wilder en février 2020 et l’est demeuré pendant un peu plus de quatre ans, jusqu’à son premier revers face à Usyk en mai 2024. Il a entretemps annoncé plusieurs fois sa retraite, mais est toujours revenu sur sa décision quelques semaines plus tard à peine.
« J’ai toujours senti qu’il allait revenir, mais nous n’en avons jamais parlé. Chaque fois que je le contactais, c’était pour prendre de ses nouvelles et pour rien d’autre, a mentionné le promoteur Frank Warren. Je ne l’ai jamais vu autant en forme. Il semble vraiment heureux. »
Tout le monde se doute que Fury n’est pas revenu uniquement pour disputer un combat dont le résultat ne changera rien à son héritage. Plusieurs anticipent une troisième rencontre au sommet avec Usyk, mais il serait encore beaucoup trop tôt pour l’envisager.
« Je ne regarde pas au-delà du prochain combat. De toute manière, Tyson prend ses propres décisions, a expliqué Warren. Il sait ce qu’il fait et surtout, ce qu’il veut. J’ai l’impression qu’il veut devenir champion du monde pour la troisième fois, ce qui sera juste incroyable. »
« Si j’avais à choisir, c’est certain que j’aimerais le revoir contre Usyk, a-t-il poursuivi. Mais il y a plusieurs autres possibilités. Il y a plusieurs chocs intéressants chez les poids lourds. »
« Je ne ressens absolument aucune pression par rapport à mon retour, a assuré Fury. Je suis conscient qu’il y aura des critiques, mais savez-vous quoi? Je n’en ai vraiment rien à faire! »
Un boxeur de la trempe de Fury aurait pu choisir absolument n’importe qui pour son retour dans le ring, mais il avait besoin d’un adversaire capable de lui offrir un défi pour le motiver.
Qui plus est, la cote de Makhmudov est résolument à la hausse depuis qu’il a battu David Allen à sa dernière sortie en octobre dernier, devant le public plutôt hostile de Sheffield, en Angleterre. Le Montréalais d’origine russe l’avait emporté par décision unanime des juges.
« C’est un géant capable de passer le knock-out à ses adversaires. Je devais affronter quelqu’un de dangereux afin de le prendre au sérieux, a indiqué Fury. Je m’ennuie de frapper un adversaire au visage et en plus, je vais être payé pour le faire! Je vais le détruire. Il ne pourra pas éviter mes coups. Je vais lui passer le knock-out... disons au sixième round! »
Sans surprise, Fury est déjà largement le favori des preneurs aux livres. Mais cela ne dérange évidemment pas le camp de Makhmudov, qui sait très bien dans quoi il s’engage.
« Fury est une légende. C’est quelqu’un qui a beaucoup fait dans le monde de la boxe, a louangé le directeur général d’Eye of Tiger, Antonin Décarie. Mais nous sommes là pour choquer le monde de la boxe. Arslanbek est un boxeur puissant, qui sait également boxer.
« C’est un immense défi, mais une grande occasion. Toute sa carrière a été bâtie pour ça. »
« Personne ne peut prédire ce qui va se produire cette journée-là, a conclu Makhmudov. De mon côté, tout ce que je peux faire, c’est de me préparer pour remporter cet affrontement. »
Il est sans l’ombre d’un doute prématuré à prédire l’issue d’un combat comme celui-là, mais si le passé est garant de l’avenir, il est en revanche extrêmement facile d’affirmer que le spectacle sera haut en couleur le 11 avril. Parce qu’il l’a toujours été avec Tyson Fury.






