J’ai suivi avec intérêt et un brin de nostalgie l’annonce récente par Mauricio Sulaiman, le président du WBC, le 27 janvier 2026, qui a élevé Christian MBilli au rang de champion du monde des super-moyens. Un moment historique pour la boxe québécoise!
Après 23 ans d’attente depuis la défaite controversée d’Éric Lucas contre Markus Beyer en Allemagne en 2003, le titre revient enfin dans la Belle Province. Je l’avais déjà mentionné dans une chronique précédente et le WBC a pris la décision qui s’imposait. C’est une vague positive qui déferle sur l’industrie de la boxe québécoise et en tant que promoteur impliqué depuis plus de trois décennies, je ne peux m’empêcher de revivre ces chapitres glorieux – et parfois frustrants – de notre histoire.
Plongeons dans l’historique de ce championnat WBC dans la division des 168 livres, avec un focus sur les contributions québécoises qui ont marqué le sport. La division des super-moyens a été inaugurée par le WBC en 1988, avec un combat inaugural qui reste gravé dans les annales : Sugar Ray Leonard, légende vivante, alors champion WBC des moyens, s’empare du titre vacant en battant celui qui était le champion WBC des mi-lourds, le « Golden Boy » de Winnipeg, Donny Lalonde par K.-O. technique au 9e round à Las Vegas. Leonard, déjà multiple champion dans d’autres catégories, pose les bases d’une division explosive, mélangeant vitesse, puissance et technique.
De 1988 à aujourd’hui, 27 boxeurs ont détenu cette ceinture, avec des règnes mémorables comme celui de Nigel Benn (1992 à 1995, 2 règnes, 7 défenses), Markus Beyer (3 règnes entre 1999 et 2006, 9 défenses), ou plus récemment Canelo Alvarez, qui a unifié les titres et gouverné pendant cinq ans et 9 défenses.
Mais au-delà de l’histoire globale, c’est le lien avec le Québec qui rend cette ceinture si spéciale pour nous. Tout commence en 2000 avec Davey Hilton fils, membre de la célèbre famille des « Fighting Hiltons », ces guerriers montréalais qui ont fait vibrer les arénas avec leur style agressif et leur héritage familial.
Sous l’égide d’InterBox, dont j’étais le directeur général à l’époque, Davey conquiert le titre WBC des super-moyens le 15 décembre 2000 au Centre Molson de Montréal, en battant le Sud-Africain Dingaan Thobela par décision partagée après 12 rounds (115-113, 117-111 et 113-115). Cedrick Kushner, le promoteur du champion est atterré, il croyait à une défense facile parce qu’Hilton avait été déclassé par Stéphane Ouellet à sa dernière sortie. C’est la raison qui m’avait permis de convaincre le vétéran promoteur d’amener son champion à Montréal.
La fiche du nouveau monarque à l’époque était 40-2-2, avec 26 K.-O. Il a été le premier Québécois à amener ce titre chez nous, un exploit qui a rempli l’aréna de 8 000 fans en délire. Malheureusement, des ennuis personnels l’ont forcé à céder la ceinture sans défense, mais ce moment a allumé la flamme pour la génération suivante.
Son gérant, à cette époque était Henri Spitzer, un fin renard. C’était le premier combat de championnat du monde que j’organisais et c’était ma première victoire également. Dans les négociations, je m’étais vraiment fait avoir par Spitzer, manque d’expérience. Cependant, à cause des circonstances, il n’y a eu aucune conséquence. Un jour j’expliquerai davantage en détail.
La relève arrive rapidement avec Éric Lucas, l’aspirant numéro 1. Il est le véritable pilier d’InterBox. Le 13 juillet 2001, au même Centre Molson, Lucas crée la surprise en s’emparant du titre vacant contre le Britannique Glenn Catley, l’ancien titulaire, par K.-O. technique au 7e round. C’était l’un des moments les plus jubilatoires de ma carrière. À 30 ans, avec une fiche de 32-4-3, 12 K.-O. le protégé de Stéphan Larouche n’était pas favori, d’autant plus qu’il s’était incliné contre ce même Catley au 12e, l’année précédente. La détermination et qualité de la préparation du Québécois ont fait la différence.
Lucas a ensuite défendu sa ceinture trois fois : un K.-O. technique au 8e contre Dingaan Thobela en 2001. J’ai rarement vu un Lucas aussi déchainé sur un ring. Il tenait mordicus à faire mieux que Hilton l’année précédente et ç’a été une mission accomplie haut la main! Ensuite, des décisions en 12 rounds contre Vinny Pazienza et Omar Sheika en 2002 cimentent sa domination. J’étais évidemment aux premières loges pour ces galas et je peux vous dire que l’atmosphère était électrique – des foules de plus de 10 000 personnes passionnées chaque fois.
Hélas, le 5 avril 2003, à Leipzig en Allemagne, on s’incline par décision partagée contre Markus Beyer dans un verdict que beaucoup considèrent encore comme une injustice flagrante. Beyer, avec le soutien local, l’emporte 113-116, 113-116 et 115-114. Lucas termine sa carrière avec une fiche 39-8-3 (15 K.-O.), mais cette défaite marque la fin d’une ère dorée pour le Québec dans cette division et un goût amer pour les Québécois qui étaient 1,9 M à regarder le tout sur TVA, un record qui ne sera jamais égalé pour la boxe.
Les années suivantes sont marquées par des tentatives héroïques, mais frustrantes. En 2008, avec Groupe Yvon Michel (GYM), on lance Jean Pascal dans la course. Le 6 décembre à Nottingham en Angleterre, Pascal affronte Carl Froch pour ce titre vacant WBC. Un combat âpre, 12 rounds intenses, durs et passionnés, mais Froch l’emporte par décision unanime (116-112, 117-111, 118-110). Pascal, dévasté de voir sa fiche à jamais souillée, va sangloter dans la douche plusieurs heures, totalement abattu et incrédule. Il en a bien retenu la leçon puisque six mois plus tard, il rebondit en devenant champion WBC des mi-lourds en prenant la mesure d’Adrian Diaconu à Montréal, un règne qui a duré jusqu’en 2011 suivi d’une carrière extraordinaire qui n’est pas encore tout à fait terminée.
Pascal a prouvé que les Québécois pouvaient rivaliser au plus haut niveau, même si le titre des super-moyens nous échappait à nouveau. Puis vient Lucian Bute, une autre étoile de la boxe d’ici. Originaire de Roumanie mais adopté par le Québec, Bute est champion IBF des super moyens de 2007 à 2012 avec 9 défenses, mais le 30 avril 2016, il tente sa chance pour le WBC contre Badou Jack à Washington. Je suis sur place en compagnie de Jean Bédard. Après 12 rounds équilibrés, c’est une nulle majoritaire (114-114 deux fois, 117-111 pour Jack) et le champion conserve son titre.
Malheureusement, un test antidopage positif pour Bute transforme le résultat en disqualification, Bute, avec sa fiche finale de 32-5-0 (26 K.-O.), a frôlé l’histoire, mais les circonstances l’en ont privé.
Après ces échecs, la division voit des géants comme Canelo Alvarez dominer de 2018 à 2023, unifiant les ceintures et défendant contre des tops comme Gennady Golovkin, Caleb Plant, Callum Smith ou Billy Joe Saunders. Le rouquin cède finalement à Terence Crawford en 2025, un choc interdivisionnel qui a fait jaser, mais Crawford annonce sa retraite peu après, laissant le titre vacant.
C’est là que Christian MBilli, ce talentueux pur-sang de Montréal sous contrat avec EOTTM, entre en scène. Déjà champion intérimaire WBC après avoir pulvérisé Maciej Sulecki par K.-O. technique au 1er round en juin 2025, MBilli est élevé au statut de champion « full patch » le 27 janvier 2026.
À 30 ans, avec une fiche invaincue de 29-0-1 (24 K.-O.), MBilli amorce la phase la plus importante de sa carrière. Originaire du Cameroun mais formé au Québec, il incarne la diversité et la résilience de notre boxe locale.
« Solide » devient donc le 23e boxeur du Québec à devenir champion du monde. En 2001, Éric Lucas était le 7e. C’est beaucoup de chemin parcouru ces 25 dernières années.
Pour Christian, il faut souligner l’implication de l’excellent entraineur Marc Ramsay qui a directement recruté le représentant français des Jeux olympiques de Rio en 2016.
Il avait déjà identifié MBilli comme futur champion du monde, avant même les JO. Marc l’avait fait venir à New York en juin 2016, deux mois avant Rio.
J’y étais parce que je rencontrais Kathy Duva dans une autre tentative avortée pour conclure une entente à une unification des mi-lourds entre Adonis Stevenson et Sergei Kovalev.
Marc m’a présenté MBilli, on a soupé ensemble et j’ai amené tout le monde au Barclays Center de Brooklyn pour un gala de PBC présenté par mon ami Lou DiBella.
Il a débuté sa carrière professionnelle avec GYM l’année suivante au Casino de Montréal et quand son contrat s’est terminé, en 2019, sa fiche était de 16-0-0, (15 K.-O.).
C’est avec EOTTM qu’il a véritablement développé sa carrière internationale, et qui mérite tout le crédit, toujours sous la direction de Marc Ramsay. Bravo Christian et à toute ton équipe, c’est à toi maintenant de transporter le flambeau.
Bonne boxe!





