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Quand le feu sacré vacille à Queens

Publié le 

Juan Soto

COLLABORATION SPÉCIALE

*Compte Complet est un balado portant sur le monde du baseball. Marc Griffin et Alain Usereau se penchent sur l'actualité de même que sur des dossiers de fond qui rejoignent autant les passionnés que les amateurs qui cherchent à en connaître plus.

Il y a des joueurs pour qui il ne faut pas rater leurs présences au bâton. Juan Soto, c'était ça. Ce mélange rare de talent brut, d'attitude scénique, un peu provocante, confiante, presque arrogante... mais qui reste dans les limites du respect. L'enfant prodige qui dansait dans la boîte des frappeurs comme s'il était le roi de son sport.

Mais cette année, je le regarde, et quelque chose cloche. Parce qu'il n'est plus tout à fait ce qu'il était.

Maintenant un Mets, porteur d'un contrat record de 765 M$ US pour 15 ans, un pacte qui aurait dû faire de lui un roi dans le Queens. Et pourtant, dans le tumulte new-yorkais, c'est le silence de son jeu qui résonne le plus.

Oui, les chiffres parlent. Mais ce n'est pas ce qu'ils disent qui dérange, c'est ce qu'ils taisent.

À travers les 54 premiers matchs de 2025, Soto frappe pour ,228, a huit circuits, 25 points produits. Un MPP de ,756. On est loin du feu d'artifice attendu. Sa moyenne de puissance est en chute libre à ,401, soit 168 points de moins que l'an dernier. Il peine contre les lancers rapides (.167 contre les tirs de 95 mph ou plus). Son bâton tourne moins vite qu'avant. Et son regard, lui aussi, semble moins rapide à s'allumer. Donc avec le tier de la saison de joué, avec le rythme actuel, on parle d'une saison 2025 de 24 circuits et 75 points produits.

Mais tout ça, honnêtement, je peux le pardonner, sachant fort bien que le Citi Field soit un stade qui avantage nettement les lanceurs.

Ce que j'ai plus de mal à avaler, c'est ce qui ne se mesure pas.

Soto ne se donne pas.

Sur les sentiers, il donne l'impression d'un vétéran de 37 ans, pas d'un athlète de 26 ans dans son « prime ». Des roulants où il ne pousse même pas jusqu'au bout, des situations où un simple effort aurait changé l'issue du jeu. Et ces demi-sourires figés, cette posture relâchée... Où est passée la fougue? Il trottine. Il abandonne des jeux. Il regarde des retraits au premier coussin sans le moindre geste de frustration. Il ne sourit plus. Son célèbre « Soto Shuffle » lorsqu'il fixe le lanceur tout en bougeant ses pieds, est devenu un fantôme.

Et moi, amateur de baseball depuis mes culottes courtes, ça me frustre au plus haut point. Pas fâché, mais terriblement déçu. On dirait qu'il ne s'amuse plus.

Je le sais, New York peut être une jungle. La pression du marché, le poids d'un contrat géant, les attentes... ça écrase parfois les épaules les plus solides. Mais on parle ici de Soto. Ce gamin dominicain qui, à 19 ans, n'avait pas peur de sourire à Max Scherzer avant de lui claquer une balle dans l'espace!

Et là, il est là, dans le Queens, et on dirait qu'il ne veut même plus danser.

Peut-être qu'il ne s'est jamais senti un « Met ». Peut-être qu'il regrette déjà le Bronx. Il y a des murmures à ce sujet. Je n'y crois pas une seconde. Moi, ce que je vois, c'est un gars qui joue en pilote automatique. Et qui oublie que le baseball, avant d'être un travail, c'est un jeu. J'espère simplement que ça ne cache pas autre chose.

C'est dur, parce que les Mets avaient parié sur lui. Imaginez le duo Soto/-Francisco Lindor pour amorcer un match dans le rôle offensif. UN duo parmi les meilleurs du baseball, combinant puissance, patience et surtout une production explosive. Mais à la place, on a eu des demi-efforts, des moments d'inattention, et cette impression constante que Soto est ailleurs.

Mais il y aura toujours de l'espoir avec lui. Parce que c'est Soto. Parce qu'on ne peut pas enseigner ce qu'il a dans les mains. Parce qu'il y a une génération de jeunes qui le regardent et qui veulent encore croire que l'excellence peut être joyeuse, et qu'un joueur peut avoir autant d'argent dans ses poches et courir pareil.

Juan, le baseball ne t'a jamais demandé d'être parfait, mais il exige la passion, la volonté et cette flamme intérieure qui te faisait briller si fort. Le contrat, les millions, les projecteurs, tout ça, c'est du bruit. Ce que nous voulons voir, c'est l'étincelle. Le joueur qui court comme si chaque point comptait, qui se bat pour faire gagner son équipe, qui respecte son sport ainsi que tous les partisans qui regardent tes faits et gestes!