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Bâtir une culture organisationnelle

Publié le 

Toro profite des meilleurs moments de sa carrière à Boston Yannick Plante nous résume l'entretien d'Abraham Toro avec Marc Griffin.

COLLABORATION SPÉCIALE

*Compte Complet est un balado portant sur le monde du baseball. Marc Griffin et Alain Usereau se penchent sur l'actualité de même que sur des dossiers de fond qui rejoignent autant les passionnés que les amateurs qui cherchent à en connaître plus.

Ce qui m'a inspiré cette chronique? Plusieurs éléments :

Une discussion avec les dirigeants des Capitales de Québec.

La saga Rafael Devers avec les Red Sox.

La Série mondiale universitaire que je regarde avec attention.

Le rendement catastrophique des Rockies du Colorado cette saison.

La décision de Rob Thomson de clouer Nick Castellanos au banc pour avoir manqué de respect.

Le repêchage annuel qui s'en vient, avec son avalanche de données modernes.

Et bien sûr, ma propre expérience sur le terrain, dans les bureaux et celle de mes garçons, qui vivent le baseball collégial américain de l'intérieur.

Dans tous ces cas, la culture organisationnelle est au cœur du sujet. Ça fait longtemps que je mijote ces idées. Je ne prétends pas avoir toutes les réponses, mais si j'avais à diriger une organisation, voici les principes que je prioriserais.

L'humain, au cœur du jeu

Quand on parle de baseball ou de sport en général, on pense rapidement aux statistiques : les circuits, les retraits au bâton, les OPS+, le WAR, toutes ces métriques qui inondent aujourd'hui les tableaux d'analyse.

Et c'est normal. Ces données sont précieuses. Elles permettent de prendre des décisions éclairées, de prédire des performances, de construire une équipe sur papier.

Mais il y a une dimension que même les meilleures méthodes ne peuvent pleinement quantifier : l'humain.

Dans une organisation de baseball, la vraie force ne réside pas seulement dans le talent brut. Elle réside dans la culture. Une culture bien ancrée, saine, contagieuse. Celle qui alimente une équipe de l'intérieur. Celle qui crée un sentiment d'appartenance, de dépassement, de plaisir et de responsabilité.

Le caractère avant le coup de bâton

La première erreur que font bien des organisations : prioriser le profil technique avant le profil humain.

Un voltigeur peut courir le 60 verges en 6,4 secondes, frapper des balles à 115 mph, avoir un bras comme une catapulte...

Mais s'il ne respecte pas ses coéquipiers, s'il refuse d'écouter, s'il prend tout pour acquis, il devient un passif déguisé en actif.

Le caractère, c'est ce qui ressort quand les projecteurs s'éteignent.

C'est ce qui pousse un joueur à courir à fond sur un jeu de routine. À encourager ses coéquipiers pendant une mauvaise séquence. À poser des questions. À apprendre. À arriver tôt.

- Le talent te fait remarquer. Le caractère, lui, te fait démarquer.

Passer le bon message... à tous les niveaux

Une organisation de baseball, c'est un organisme vivant. Ce n'est pas que l'équipe des majeures. Ce sont aussi les clubs affiliés, les coachs, les recruteurs, les thérapeutes, le personnel administratif, les employés du stade.

Chaque individu doit comprendre le message central de l'organisation.

Et ce message doit être clair, cohérent, constant.

On ne peut pas prôner le plaisir au niveau recrue, puis agir comme une machine froide et corporative au AAA.

On ne peut pas valoriser le respect si l'entraîneur crie après ses joueurs au moindre faux pas.

Quand je suis arrivé à mon premier camp d'entraînement avec les Dodgers, j'ai vite compris ce qu'être un Dodger voulait dire.

Le standard d'excellence, autant humain que sportif, sautait aux yeux. Le sang bleu des Dodgers, c'est bien plus qu'un logo.

L'humain d'abord

Les joueurs ne sont pas des machines. Ce sont de jeunes hommes, souvent loin de chez eux, dans un monde compétitif où chaque journée peut changer leur destinée.

Les meilleures organisations l'ont compris : il faut investir dans l'individu avant l'athlète.

Créer un environnement où le joueur se sent écouté. Où il peut parler sans peur d'être jugé. Où la santé mentale est prise au sérieux. Où l'on développe autant de compétences de vie que d'habiletés techniques.

Un joueur bien encadré, qui sent qu'on croit en lui, va redoubler d'efforts. Il va vouloir redonner à l'organisation qui lui tend la main. Il va vouloir défoncer les clôtures.

Le plaisir : le moteur du rendement

Trop souvent, dans le sport élite, on oublie l'essentiel : le plaisir.

Pourtant, c'est souvent la première raison pour laquelle un enfant prend un bâton dans ses mains.

Mais en chemin, sous la pression, les attentes, les statistiques, ce plaisir peut disparaître.

Une bonne organisation sait préserver cette flamme. Elle sait que la performance découle d'un esprit détendu, d'un environnement stimulant. Cela ne veut pas dire éviter la rigueur.

Au contraire : cela signifie créer un cadre dans lequel les joueurs peuvent s'épanouir tout en se dépassant. Un joueur qui aime jouer apprend plus vite. Il prend des initiatives. Il développe une relation saine avec l'échec. Il comprend que l'échec fait partie du jeu, sans pour autant le définir.

Dépasser les attentes : une attitude, pas un objectif

Les équipes qui surpassent les attentes ne sont pas chanceuses. Ce sont des équipes qui ont, collectivement, rejeté la médiocrité. Rejeté d'être moyens. D'être juste corrects.

Cette attitude se cultive : par des vétérans qui mènent par l'exemple, par des recrues qui posent les bonnes questions et qui s'investissent, par des coachs qui valorisent les bons processus, pas juste les résultats et par des dirigeants qui ne coupent pas les coins ronds.

C'est une série de petits détails, mais accumulés, ces détails changent une saison.

La culture : le cœur de l'organisation

Le caractère, le message, le plaisir, l'attitude... tout ça, c'est ce qui forme la culture. Et la culture, ce n'est pas un slogan dans un vestiaire. Ce n'est pas une réunion annuelle. C'est un vécu répété, incarné, transmis. C'est ce qui se passe dans le vestiaire, quand les caméras sont éteintes. C'est la façon d'accueillir un nouveau joueur. C'est la réaction après une défaite difficile. Une culture forte permet de survivre aux tempêtes. Elle crée une cohésion, une solidarité, une identité. Elle donne à chacun des membres l'impression de faire partie de quelque chose d'unique et fort.

Des exemples bien réels

Regardez les Capitales de Québec. Ils gagnent : des championnats, des partisans et le cœur des amateurs.

Mais surtout, ils ont une âme, une culture forte, tissée serrée. Chaque joueur et chaque employé sait pourquoi il est là. Ce n'est pas un hasard s'ils ont autant de succès, c'est une conséquence.

À l'inverse, les Rockies du Colorado s'enfoncent, sans repères, sans boussole. Ce n'est pas un manque de talent, c'est une absence de structure, d'exigence. de fierté.

Et puis, il y a le cas Castellanos : gérant envoyé promener, culture bafouée. Mais Rob Thomson n'a pas hésité : il a mis son joueur sur le banc.

Message reçu : les Phillies, eux, ont une culture claire, assumée.

Personne n'est au-dessus du groupe.

Que dire de l'échange de Rafael Devers? Une décision qui dépasse les finances. Quand tu échanges ton joueur-franchise, tu redéfinis ton ADN. Et si ta culture organisationnelle est floue, ces gestes deviennent des signaux inquiétants. Suivre les Red Sox depuis quelques années est tout un casse-tête.

En conclusion

Tout ramène à une seule vérité : la culture est la fondation. Si elle est solide, tu peux bâtir quelque chose de durable. Si elle est absente, tu es toujours en mode réaction, à mettre un pansement sur une plaie qui ne guérit jamais.

Le baseball est cyclique. Mais une chose ne change pas : les grandes organisations ne laissent jamais leur identité au hasard.