MLB
mlbOpens in new window

Baseball : blessures, cruauté et visions

Publié le 

Compte complet \u2013 On brasse de bonnes choses à Milwaukee Épisode du 18 août du balado « Compte complet » avec Marc Griffin et Alain Usereau.

COLLABORATION SPÉCIALE

Les Blue Jays : sans Vlad, mais pas sans solutions

La nouvelle est tombée comme une tonne de briques : Vladimir Guerrero fils est sur la touche. Oui, c'est un coup dur. Oui, c'est un gros morceau de l'attaque qui disparaît du jour au lendemain. Mais non, ça ne veut pas dire que les Blue Jays vont s'effondrer comme un château de cartes au moindre coup de vent.

Pourquoi? Parce que cette équipe a trouvé son identité ailleurs que dans la dépendance à un seul joueur. Depuis deux mois, Toronto carbure au baseball de situation. Des coups sûrs opportuns, de la patience au bâton, et une capacité presque insolente à frapper quand il y a des coureurs en position de marquer. C'est ça qui fait tourner la machine, pas seulement le coup de bâton de Vlad.

Le retour de George Springer tombe à point. Bo Bichette, Addison Barger et Alejandro Kirk produisent. Et pour garder la maison en ordre au premier but, l'arrivée de Ty France apporte une stabilité défensive bienvenue. Bref, on ne parle pas d'une équipe en train de chercher des excuses, mais bien d'un club qui a appris à gagner collectivement.

Et quand on regarde le calendrier à court terme, on ne voit rien qui justifie de paniquer. Les Jays affrontent d'abord les Marlins à Miami, une équipe qui a plus de défaites que de victoires à domicile et qui vient de traverser une séquence de 3-9. Ensuite, retour à Toronto pour accueillir les Twins, qui, eux, n'ont que quatre victoires à leurs 12 derniers matchs et traînent une fiche affreuse de 25-38 sur la route.

En clair : si les Jays continuent à jouer comme ils l'ont fait depuis deux mois, ces deux séries sont prenables. Ce serait même le moment parfait pour rappeler à tout le monde que Vlad est une pièce maîtresse… mais pas la pièce maîtresse. Toronto a son destin entre ses mains et ce sera fascinant de voir comment le groupe répond à ce défi.

Abraham Toro : la dure réalité du baseball majeur

Le sport professionnel a parfois la mémoire courte et Abraham Toro en est la preuve vivante. En mai, son arrivée avec les Red Sox a donné un souffle immédiat à l'équipe. Il produisait tellement qu'on l'a installé au cœur de la formation. Et quand Tristan Casas s'est blessé, c'est lui qui a tenu le fort au premier but. Polyvalence, efficacité, constance : tout y était.

Ses chiffres parlaient d'eux-mêmes. En mai, une moyenne de ,296 et un MPP de ,833 – du baseball de haut niveau. En juin, encore solide avec ,279 et un MPP de ,761, bien au-dessus de la moyenne du circuit. Puis, en juillet, la première baisse de régime : ,221 et un MPP de ,574, mais son équipe gagnait, alors ça passait. Et puis est arrivé août… seulement sept coups sûrs en 51 présences, pour une moyenne famélique de ,137 et un MPP de ,406. Pour un club qui lutte pour chaque victoire dans une course serrée, c'était trop peu. Les Red Sox ont dû trancher.

Que s'est-il passé? Honnêtement, difficile d'identifier une seule cause. Parfois, c'est la pression. Parfois, la fatigue – physique, mentale, ou les deux. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'au baseball majeur, peu importe ton éthique de travail ou ton dévouement, au bout du compte, on juge sur les résultats. Et c'est ce qui rend ce sport aussi cruel.

Mais il y a une chose que personne ne pourra jamais enlever à Abraham Toro : son caractère. Le gars est un vrai guerrier. Un coéquipier exemplaire, un joueur qui ne se plaint pas et qui, chaque fois qu'il a été renvoyé dans les mineures, s'est retroussé les manches pour revenir. Ça prend un courage énorme pour faire ça année après année.

J'ai une admiration sincère pour lui. Pas seulement pour le joueur, mais pour la personne. Et j'ose croire qu'une équipe va lui redonner une chance. Peut-être pas cette saison, mais je parierais gros qu'on reverra Abraham Toro dans un uniforme des ligues majeures. Parce que des joueurs comme lui, qui savent tout faire sur un terrain et qui n'abandonnent jamais, ça finit toujours par trouver preneur.

Expansion et réalignement : l'éléphant dans la pièce

Le commissaire Rob Manfred a encore ressorti un vieux dossier de la poussière : le réalignement des divisions, mais pas sans expansion. L'idée est simple : passer de 30 à 32 équipes, équilibrer les groupes, et surtout ramener le calendrier à 156 matchs.

Sur papier, ça a du sens. Deux clubs de plus, ça veut dire 52 emplois supplémentaires pour les joueurs – et quand on sait que la prochaine négociation avec l'Association des joueurs après la saison 2026 s'annonce corsée, c'est une belle monnaie d'échange pour apaiser les tensions. Ajoutez à ça le fait que les joueurs réclament depuis longtemps un calendrier de 156 matchs, question de limiter les voyages infernaux et de donner un peu plus de repos aux corps usés, et vous obtenez une réforme qui semble plaire à tout le monde.

Le hic? Ça fait dix ans qu'on en parle, et rien ne bouge. À chaque sortie publique, Manfred laisse planer l'idée, mais il manque toujours un petit quelque chose. Une ville à confirmer, un stade à construire, une entente politique à signer… Résultat : ça reste du vent.

Pourtant, les candidats sérieux existent. Portland, Nashville, Charlotte, peut-être un retour en Californie, et bien sûr… Montréal.

Parce qu'avouons-le : on a parfois l'impression qu'expansion rime automatiquement avec Expos. Et ce n'est pas qu'une lubie de partisans nostalgiques. La grande majorité des chroniqueurs, commentateurs et même dirigeants du baseball majeur aimeraient voir le retour d'un club à Montréal. En fait, on dirait que c'est seulement ici qu'on ne réalise pas l'immense opportunité qui se pointe.

Je vais être direct : pour 100 millions en 2003-2004, on aurait pu garder les Expos. Aujourd'hui, l'équipe vaudrait au bas mot 1,8 milliard. Point final. C'est tout ce qu'il faut savoir pour mesurer l'énormité de l'erreur. Oui, un projet de cette envergure doit être financé majoritairement par le privé. Mais un gouvernement visionnaire, créatif, qui comprend que le sport de haut niveau génère non seulement de la richesse économique, mais aussi une richesse symbolique, n'aurait certainement pas nui.

Regardons du côté de Toronto. Le 1er septembre prochain marquera le 25e anniversaire de l'achat des Blue Jays par Ted Rogers pour 160 millions. Aujourd'hui, les Jays valent 2,2 milliards. À ce que je sache, Toronto est encore au Canada, non? Alors pourquoi, au Québec, personne n'a eu cette vision que sport et technologie allaient marcher main dans la main pour créer un moteur de prospérité? À force de penser petit, on reste petit. Je voudrais tellement avoir tort.

Et le plus ironique? On investit plus d'un milliard pour réparer l'anneau technique du Stade olympique. Mais construire une infrastructure moderne, polyvalente, capable d'accueillir une équipe du baseball majeur entre autres, ça, ça fait de nous des « méchants » gaspilleurs.

Je reste malgré tout un brin optimiste. Je suis convaincu qu'il y a, au Québec, des investisseurs capables non seulement de ramener une équipe, mais de la faire prospérer. Ce jour-là, on se rappellera que Montréal n'a jamais cessé d'être une ville de baseball.