COLLABORATION SPÉCIALE
Ce seront finalement les Mariners de Seattle qui visiteront les Blue Jays à Toronto pour les deux premiers matchs de cette série 4 de 7 qui s’amorcera dimanche soir, avec en jeu le championnat de la Ligue américaine.
Les Mariners ont dû vider leur réservoir d’essence pour se rendre jusque-là, remportant un match ultime épique en 15 manches contre les Tigers de Detroit. Le temps de fêter et de traverser le continent d’ouest en est, le repos sera pratiquement inexistant. Ajoutez à cela l’utilisation non planifiée de plusieurs lanceurs partants dans ce marathon, et déjà, les Jays partent avec un léger avantage avant même le premier lancer.
Mais attention : pas question de célébrer trop vite. Oui, la prestation de Toronto contre les Yankees fut impressionnante, mais les Mariners demeurent une équipe complète, capable de vous battre de bien des manières.
Les Blue Jays : du baseball intelligent et confiant
Contre New York, difficile d’imaginer une meilleure série. L’attaque a tonné, Kevin Gausman et Trey Yesavage ont muselé les Yankees, et la relève a été irréprochable dans les moments critiques. Il faut aussi lever notre chapeau à John Schneider, qui a géré son comité de lanceurs à la perfection dans le match décisif.
Alors, quels défis attendent maintenant les Jays?
D’abord, la question sur toutes les lèvres : Bo Bichette est-il prêt à revenir au jeu? C’est presque incroyable que l’attaque torontoise ait généré autant sans son meilleur frappeur. Si Bichette est en santé, il doit être de la formation. Point final. Oui, on perd un peu défensivement, puisque Andres Gimenez est plus sûr à l’arrêt-court, mais Bichette demeure une arme offensive unique.
Son retour déplacerait Ernie Clement au deuxième but, et franchement, difficile de le sortir de la formation après avoir frappé ,643 en série de division, soit probablement la plus ignorée des performances dominantes de ces séries!
Autre facteur clé : tous les partants des Mariners sont droitiers. Cela veut dire qu’on devrait voir Addison Barger amorcer chaque match au troisième but, puis Daulton Varsho au champ centre, Vladimir Guerrero Jr. au premier coussin et Nathan Lukes dans un rôle régulier comme voltigeur.
Dans un monde idéal, George Springer patrouillerait le champ droit et Anthony Santander agirait comme frappeur de choix. Mais tout indique que Springer n’est pas à 100 %. Contre les Yankees, c’est Santander qu’on a vu à l’extérieur. Peut-être que quelques jours de repos auront aidé Springer à retrouver ses jambes, mais pour l’instant, son état demeure incertain comme voltigeur.
Quant à Davis Schneider, sa présence risque d’être limitée : les Mariners n’ont utilisé que deux releveurs gauchers contre Detroit, ce qui ne lui offre pas beaucoup de situations favorables. Et si Bichette revient, Isiah Kiner-Falefa pourrait bien être l’homme retranché pour ramener l’effectif à 26 joueurs.
Le monticule : trouver l’équilibre entre audace et endurance
Reste maintenant à voir quels lanceurs seront ajoutés. Chris Bassitt? Max Scherzer? Dans une série de 4 de 7, la profondeur au monticule devient cruciale. Utiliser un comité de lanceurs peut dépanner ponctuellement, mais à éviter sur le long terme : il n’y aura que deux journées de congé (après les matchs 2 et 5), et les bras de la relève seront déjà très sollicités.
Le défi de John Schneider sera de préserver ses trois piliers : Jeff Hoffman, Louis Varland et Seranthony Domínguez. Le gaucher Justin Bruihl pourrait écoper pour faire place à un partant supplémentaire, puisque les Mariners ne comptent que deux frappeurs gauchers dangereux, Josh Naylor et J.P. Crawford. Brendon Little et Mason Fluharty pourront très bien s’acquitter de cette tâche.
Pour la rotation, le plan idéal reste simple :
- Match 1 : Kevin Gausman
- Match 2 : Trey Yesavage (à domicile)
- Match 3 : Shane Bieber
- Match 4 : Chris Bassitt ou Max Scherzer, ou encore Eric Lauer selon la santé et le rythme
Une rotation solide, expérimentée et capable de tenir tête à n’importe quelle attaque.
Les Mariners : une équipe usée, mais coriace et redoutable
Les Mariners ont transformé leur attaque à la date limite avec les ajouts de Josh Naylor et d’Eugenio Suárez, mais leur véritable force demeure le monticule. Ce sera donc un duel de force brute : les lanceurs de Seattle contre l’attaque survoltée de Toronto.
Bonne nouvelle pour Seattle : le retour possible de Bryan Woo, le meilleur partant de leur saison (fiche de 15-7, MPM 2,94). S’il est prêt, il lancera fort probablement le premier match de la série.
En relève, la brigade demeure redoutable : Matt Brash et Eduard Bazardo préparent la table pour le releveur de fin de match, Andrés Muñoz, tandis que Gabe Speier agit comme principal releveur gaucher.
Offensivement, Seattle ne repose plus uniquement sur Cal Raleigh et Julio Rodríguez. L’ajout de Naylor et Suárez a apporté de la puissance, tandis que Jorge Polanco a connu une série exceptionnelle contre Detroit. Et attention à Randy Arozarena, qui semble, encore une fois, élever son jeu d’un cran quand les projecteurs s’allument.
Petits détails, grandes différences
Les deux équipes excellent défensivement, on s’attend à une série propre. Mais cette année, on a vu combien une simple erreur peut coûter une série. La rigueur défensive reste un facteur déterminant.
Un autre aspect souvent sous-estimé : la course sur les buts. Seattle a volé 161 buts en saison régulière, le deuxième plus haut total de l’Américaine derrière Tampa Bay, contre seulement 77 pour Toronto. Si les Mariners veulent renverser les Jays, c’est peut-être par là qu’ils trouveront un brin d’avantage.
Derrière le marbre, les deux receveurs offrent des profils contrastés :
- Alejandro Kirk (Toronto) : meilleur pour cadrer les tirs et gérer le jeu défensif, mais n’a retiré que 17 % des joueurs en tentatives de vol.
- Cal Raleigh (Seattle) : bras plus puissant, taux de réussite de 24 %, mais moins efficace à cadrer les tirs.
Chaque détail comptera.
Verdict : Toronto en mission
Avant le début des séries, j’avais choisi Seattle pour représenter la Ligue américaine en Série mondiale. Mais honnêtement, je n’avais pas prévu une telle explosion offensive des Jays, ni une prestation aussi dominante de Trey Yesavage contre les Yankees.
Difficile d’aller contre Toronto, tant cette équipe joue avec confiance et cohésion. Vladimir Guerrero Jr. semble en mission, Springer et Santander apportent une énergie de vétérans et chaque joueur, du haut au bas de la formation, contribue.
Les Mariners sont redoutables, mais n’ont pas encore démontré qu’ils pouvaient dominer offensivement sur une série complète. À mes yeux, les lanceurs des Jays ont ce qu’il faut pour contrôler cette attaque, et leur propre puissance offensive est capable de frapper au bon moment.
Mon choix : les Blue Jays en six matchs.
Si les Mariners l’emportent, ce sera parce que leur attaque aura enfin débloqué au moment parfait.
Quoi qu’il en soit, préparez-vous à une superbe série de championnat entre deux formations intelligentes, talentueuses et pleines de caractère.
Bonne série de championnat de l’Américaine!





