Collaboration spéciale
Une si longue saison, un si long parcours en séries, une Série mondiale qui se rend à la limite, en manches supplémentaires... et pourtant, ce sont les détails qui ont fait la différence à la fin.
Le baseball est un sport cruel. Tous les aspects du jeu peuvent fonctionner comme prévu, mais un lancer, un moment d’inattention, un élan, une hésitation... et tout peut basculer.
Les Jays ne pouvaient passer plus près de remporter la Série mondiale. Plusieurs jeux auraient pu faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. C’est pour ces raisons que cette Série mondiale restera parmi les plus spectaculaires, illustrant la dure réalité de ce sport.
J’ai adoré cette série : pour la qualité du jeu et ses subtilités, pour les rebondissements, pour les émotions, pour la passion des joueurs et des partisans, pour l’immense talent déployé, pour le jeu d’échecs entre les gérants et entre le frappeur et le lanceur... et pour la popularité que cette Série mondiale a générée, tant aux États-Unis qu’au Canada en passant par le Japon.
Le baseball est sorti gagnant, même si une équipe devait s’avouer vaincue.
L’argent, oui... mais pas seulement
Certains diront que c’est encore l’argent qui a gagné, puisque les Dodgers affichent la plus haute masse salariale du baseball majeur (350 M$), comparativement aux 255 M$ des Jays, cinquièmes à ce chapitre.
C’est vrai que ça aide, mais ce n’est pas tout. (Pensez aux Mets de New York ou aux Angels de Los Angeles...)
Les Dodgers savent développer et repêcher. Malgré leurs sélections tardives, ils réussissent à trouver du talent. Embaucher des joueurs autonomes est plus facile pour eux, certes, mais embaucher les bons joueurs autonomes, ce n’est pas donné à tout le monde.
Rappelez-vous : les Jays étaient dans la course pour Shohei Ohtani et Roki Sasaki. Ils ont offert autant d’argent que les Dodgers, mais les deux ont choisi Los Angeles.
On reparlera de plafond et de plancher salarial une autre fois.
Les détails qui changent tout
On pourrait revenir sur le match de 18 manches, la balle coincée dans la clôture, ou le superbe catch d’Andy Pages, entré en fin de match, mais prenons un exemple : la course de Kiner-Falefa.
Il a été retiré au marbre sur un jeu serré. S’il est sauf, les Jays remportent la Série mondiale!
Je peux en parler en connaissance de cause. Quand je jouais, ma vitesse était une force, mais plus encore, j’essayais d’être un coureur intelligent, capable de m’adapter à chaque situation.
Sur le jeu en question, l’instructeur au troisième but rappelle toujours au coureur de surveiller les flèches pour éviter le double jeu. La base de tout ça, c’est l’écart : on s’éloigne du coussin d’une distance équivalente à celle du joueur de troisième but. Si Muncy est à deux mètres, le coureur peut aller jusqu’à 1,8 mètre.
Dans un match ordinaire, un lundi soir de mai, un pas de moins, et personne n’en parle. Mais en Série mondiale, chaque pas compte, surtout si vous êtes le point gagnant.
Kiner-Falefa n’avait pas un bon premier écart, trop passif. Il n’a pas pris son deuxième écart qui lui aurait donné un élan, et n’est pas parti immédiatement sur la balle frappée par Varsho. Pire : comme les buts étaient remplis, il s’agissait d’un jeu forcé, donc inutile de glisser, ce qui a encore ralenti sa course et si la glissade était nécessaire, un plongeon les mains devant aurait déjà été mieux adapté à la situation.
Je ne veux pas viser uniquement Kiner-Falefa, mais son langage corporel n’indiquait pas l’intensité du moment. Si Myles Straw avait été au troisième but dans la même situation, je crois sincèrement que les Jays remportent la Série mondiale. Comme quoi les détails font la différence.
Les circuits, oui, mais...
Je ne blâme pas Jeff Hoffman pour le circuit accordé, ni Trey Yesavage ou Shane Bieber pour ceux concédés à Max Muncy et Will Smith. Des circuits en solo, ça arrive.
Ce qui a fait plus mal, c’est le 3-en-17 avec des coureurs en position de marquer. Ironiquement, Will Smith porte le numéro 16 avec les Dodgers, le même numéro qu’un certain Rick Monday!
Le coup de Miguel Rojas était cruel, certes, mais le tir n’était pas si mauvais, même si ce n’était pas celui souhaité. Rojas a simplement réagi parfaitement. Donnons crédit au frappeur des Dodgers.
Au-delà des détails, cette Série mondiale restera gravée longtemps. La côte ouest contre la côte est, le Canada contre les États-Unis, la machine des Dodgers contre une équipe portée par un pays entier, Ohtani contre Guerrero. Pas étonnant que les cotes d’écoute aient été les meilleures depuis des années.
Et maintenant, la suite...
À peine la Série mondiale terminée, il faut déjà penser à 2026.
Six joueurs des Jays deviennent joueurs autonomes : Chris Bassitt, Bo Bichette, Seranthony Dominguez, Ty France, Isiah Kiner-Falefa et Max Scherzer.
Avant de dire que Bichette est la priorité, il faut regarder l’ensemble.
Santander reviendra au champ droit, Springer redeviendra frappeur de choix. Alors, Addison Barger deviendra-t-il le joueur régulier au troisième but? Gimenez serait à l’arrêt-court, Clement au deuxième, Vlad Jr au premier.
Mais si Bichette reste, acceptera-t-il de passer au deuxième but?
Sa valeur dépend de ça.
Un arrêt-court gagne plus qu’un joueur de deuxième but : 8 ans à 19-20 M$ vs 8 ans à 24-25 M$, soit une différence d’environ 40 M$ sur la durée du contrat.
Bonne nouvelle : Scott Boras n’est pas son agent. Bichette est représenté par le même groupe que Alejandro Kirk, qui a déjà conclu une prolongation avec Toronto. Ça peut aider.
Gausman, Berríos et Yesavage reviendront, et la direction devra décider : prioriser un autre partant, ou Bichette?
Avec les revenus de la Série mondiale, le contrat de Vlad Jr est pratiquement payé. Les Jays seront assurément encore compétitifs. Il s’agira de savoir combien sont-ils prêts à dépenser?
Et si cette équipe de 2025 ressemblait aux Royals de 2014, battus à domicile au match ultime, mais champions un an plus tard?
Pourquoi pas?
Le baseball a gagné
Le baseball a gagné des partisans partout, du Japon au Québec.
Combien m’ont dit : « Ma blonde ne regardait jamais ça avant, mais elle a écouté la série au complet! »
Près de la moitié des Canadiens ont suivi cette Série mondiale — des chiffres dignes de la belle époque des Expos. Il n’y a pas à dire, tout le monde en parlait!
Cette passion aura un effet domino : plus d’inscriptions, plus d’intérêt, plus de jeunes qui rêvent de devenir le prochain Guerrero ou Clement.
Toronto a fait les choses en grand.
Et pourquoi ne pas rêver, un jour, de vivre pareille frénésie à Montréal?
Il faut toujours garder espoir, aussi mince soit-il!
Merci aux amateurs pour cette magnifique saison 2025.
Et bonne nouvelle : RDS aura les droits de la Série mondiale en 2026.
Bon hiver à tous!






