MLB
Blue Jays de TorontoOpens in new window

La magie du baseball

Publié le 

Le baseball a ce don rare de transformer l’improbable en inoubliable. Ce que George Springer et les Blue Jays ont accompli n’est pas qu’une victoire : c’est un rappel de tout ce que ce sport a de plus beau, la persévérance, l’unité et la magie du moment présent.

Difficile d’imaginer un scénario plus beau que celui dont on rêve, enfant, quand on se met dans la peau de nos idoles et qu’on s’imagine frapper le circuit qui transporte notre équipe en Série mondiale. Le son de la balle contre le bâton, la foule qui tente, tant bien que mal, de réaliser ce qui se passe, les joueurs dans l’abri qui soulèvent les bras, et en un instant, on passe par toute la gamme des émotions.

Le circuit de George Springer marquera l’histoire des Blue Jays et accrochera avec lui une multitude de nouveaux partisans des Jays et du baseball partout au pays. À 36 ans, après un camp d’entraînement désastreux et des rumeurs de rachat de contrat, peu auraient parié sur lui. Comme quoi, l’exploit de Springer n’en est que plus extraordinaire.

Ce qui me plaît davantage dans tout ce scénario, c’est que les gens puissent voir et réaliser la beauté qu’offre le baseball. Le jeu d’échecs entre le lanceur et le frappeur, la stratégie d’affronter un frappeur ou non, celle d’envoyer un nouveau lanceur ou un frappeur suppléant. Les Jays ne semblaient rien générer en attaque jusqu’à ce que Springer nous propulse hors de notre siège, en fin de septième manche. Comme quoi le légendaire Yogi Berra avait encore raison de dire qu’au baseball, ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini!

Les Jays ne l’ont pas volé

En perdant les deux premiers matchs de la série à domicile, les Jays se sont placés dans une situation difficile. Mais leur style de jeu leur a permis de revenir et de remporter les matchs 3 et 4 à Seattle. En évitant les retraits sur des prises et en mettant des balles en jeu, les Jays ont constamment placé des coureurs sur les buts et ont capitalisé sur leurs chances.

Ils avaient semblé intimidés par les lanceurs des Mariners lors des deux premiers matchs, mais sur le vol vers Seattle, on s’est parlé, on s’est calmés, et on a simplement décidé de revenir à leur manière de jouer, celle qui leur a valu tant de succès cette saison.

Sans surprise, le gros coup sûr dans le match 3 est venu du bâton d’Andres Gimenez, qui a créé l’égalité avec un circuit de deux points. Pourquoi sans surprise? Parce que les Jays ont carburé toute la saison grâce à leurs joueurs de soutien. Gimenez, Ernie Clement, Nathan Lukes, Addison Barger et j’en passe.

Anthony Santander s’est blessé tôt en saison. Barger l’a remplacé avec brio pour appuyer Vladimir Guerrero Jr. Daulton Varsho a souvent manqué à l’appel, et Lukes comme Myles Straw sont venus à la rescousse. Des exemples de la sorte, il y en a une tonne chez les Jays cette année.

Springer a frappé son spectaculaire circuit en septième manche, mais n’oublions pas qu’il y avait deux coureurs sur les buts. Barger avait soutiré un très important but sur balles, et Isiah Kiner-Falefa avait frappé un coup sûr sur un compte de 0 et 2 pour mettre la table à Springer. Sans ces deux joueurs sur les sentiers, la claque de Springer perd beaucoup de valeur.

Autrement dit, c’est une véritable histoire d’équipe chez les Jays, et force est d’admettre que Toronto s’est nettement démarqué de son adversaire dans cet aspect.

Oh Vladdy!

Vladimir Guerrero Jr. a signé avec l’organisation des Blue Jays à l’âge de 16 ans comme joueur autonome international, un des très bons coups d’Alex Anthopoulos, alors directeur général de l’équipe. Dix ans plus tard, Guerrero Jr se retrouve en Série mondiale.

Ne vous demandez pas pourquoi les larmes coulaient à flots après le match. Une victoire si immense pour son organisation, pour ses coéquipiers, pour la ville, pour le pays et pour lui. Dans un tel moment de joie, tu vois défiler tous les efforts, tous les sacrifices, les bons comme les moins bons coups. Mais c’est surtout une histoire de famille.

Tu vis avec tes coéquipiers plus qu’avec ta propre famille. Et en tant que leader de l’équipe, tu veux le meilleur pour eux. Son énorme contrat signé l’hiver dernier venait aussi avec une pression énorme pour livrer la marchandise. Et Vlad l’a fait sur la grande scène du baseball.

Les Blue Jays ne sont presque jamais présentés sur la télévision nationale aux États-Unis. Les Américains connaissent peu les Jays, connaissent un peu Guerrero Jr., mais l’avaient-ils vraiment vu jouer? Aujourd’hui, Vlad laisse sa marque et s’impose comme un joueur de concession naturelle, prêt à transporter son équipe, sa ville et son pays vers les grands honneurs.

Cette victoire représente beaucoup pour le baseball

Que vous soyez partisan des Jays ou non, vous ne pouvez pas être indifférent à leur succès et à la popularité que cela apporte au baseball. Pour vous donner une idée, lors des grandes années des Expos à Montréal, la Fédération de baseball amateur du Québec comptait près de 46 000 jeunes qui foulaient les terrains de baseball en province.

Lors des étés 2005 et 2006, après le départ des Expos, à peine 15 000 jeunes étaient inscrits pour jouer. Puis, la poussée des Jays en 2015 et 2016, combinée à d’innombrables efforts à tous les niveaux, a permis au baseball de reprendre vie. Si bien qu’en 2025, on frôle les 40 000 jeunes dont plus de 5 000 filles!

Avec cette incroyable aventure des Jays, maintenant en Série mondiale, il y aura certainement plusieurs futurs Vladimir Guerrero Jr. qui se retrouveront sur les terrains de baseball de votre quartier.

Ironiquement, c’est à compter du mardi 21 octobre que Netflix présentera le documentaire Qui a tué les Expos ? Je ne sais trop qui a choisi la date de lancement, mais quel timing!

Ça met malheureusement en lumière notre manque cruel de vision à l’époque. Alors qu’on cherche à établir les coupables du départ de l’équipe vers Washington, Toronto explose de fierté avec une équipe qui a traversé sa part de tempêtes, mais qui incarne aujourd’hui la résilience.

Le succès des Jays prouve que le sport unit les gens et quel moment opportun, dans le monde où l’on vit présentement, pour se sentir uni. Cette victoire des Jays, qui les mène en Série mondiale, va donc bien au-delà du sport.

On laisse les Jays et leurs partisans savourer leur titre de champions de la Ligue américaine… et je vous reviendrai bientôt avec une chronique sur la Série mondiale Dodgers–Blue Jays.